48h sur piste: la tentative d’exploit de Micaletti, « l’anti-Baumgartner »

Posted on 4 août 2013

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Quand certains parcourent Paris-Nice à vélo par étapes en 7 jours, Pierre-Michaël Micaletti, qui se présente comme « l’anti-Félix Baumgartner » français, va tenter de réaliser cette distance, soit près de 1.000 km, sur le vélodrome de Saint Denis de l’Hôtel (Loiret) en… 48 heures.

A l’aide d’un vélo à pignons fixes, ce « sportif de l’extrême » entend établir le record du monde du plus long contre-la-montre de l’histoire du cyclisme sur piste de vendredi 13h00 à dimanche même heure. Un défi à la fois sportif et scientifique.

« Contrairement à Félix Baumgartner (l’Autrichien qui a franchi le mur du son, ndlr) qui se démarque par un effort de vitesse et de rapidité, je recherche l’inverse. Je suis plutôt l’anti-Baumgartner! », s’exclame ce gaillard athlétique de 47 ans.

Ce Marseillais d’origine « vietnamo-corse », spécialiste des courses sur très grande distance, est déjà entré dans le Livre Guinness des records l’an dernier en établissant le record de distance sur un tapis de course: 822,31km en 6 jours et 6 nuits, sans interruption.

Cette fois, il espère franchir la barre symbolique des 1.000 kilomètres sur piste, à l’occasion d’une tentative parrainée par le triple champion olympique sur piste Florian Rousseau.

Seulement, sa vitesse devra osciller entre 30 et 40 km/h, sans descendre sous les 20km/h, pour ne pas chuter du fait de l’inclinaison du vélodrome.

Il devra aussi surmonter les douleurs musculaires et surtout combattre la fatigue.

« Sur la piste en extérieur, je pense faire un premier arrêt-sommeil d’un quart d’heure avec 5 minutes de change vers la fin du premier 24h. Si je suis bien dans le kilométrage, je pourrais m’octroyer dans la deuxième journée deux périodes supplémentaires de 15/20 minutes ».   
 
Etudier le sommeil

Le coureur gère parfaitement son repos et maîtrise notamment le sommeil polyphasique, lui permettant de diviser son temps de sommeil d’une journée en plusieurs périodes plutôt que de le regrouper en une « nuit ».

« J’ai su adapter mon sommeil et suis capable dans l’effort extrême de m’endormir et me réveiller automatiquement », précise-t-il.

C’est ici que le sport s’allie à la science car, de manière paradoxale, son ambition de rester le plus longtemps éveillé possible permettra de s’intéresser au mécanisme du sommeil et son optimisation.  

Le cycliste sera armé d’actimètres destinés à observer l’apport du sommeil dans la reprise de son activité et ses modifications de conscience. « Ma concentration extrême me permettra d’entrer dans un espace modifié de conscience où l’on perd la notion d’espace-temps, me faisant moins ressentir douleur et fatigue ».

Cet état de quasi-hypnose le fera accéder à un monde parallèle et d’optimiser son énergie, à l’image des apnéistes. Il se réfère d’ailleurs volontiers à Jacques Mayol, plongeur qui a inspiré le film « Le grand bleu ».

Pour le Dr Eric Mullens, spécialiste des pathologies du sommeil, qui surveillera l’exploit, « les résultats collectés mesureront la fréquence de son pédalage pour voir si le rythme est altéré par la fatigue et l’heure mais ne feront qu’abonder dans le bon sens: bien dormir permet d’être bien réveillé ».  

Militant de la sieste

Plusieurs mois de préparation ont été nécessaires pour cette performance qui s’apparente « à tout sauf de l’autoflagellation. Je ne recherche pas la douleur mais à approcher des contraintes voulues et les adapter. Je suis dans l’aventure intérieure », dit ce passionné de sciences.

Et peu lui importe si sa tentative échoue: « ce ne sera pas grave! C’est un état d’esprit, mêler la créativité, le social avec mon équipe, un peu de rêve, de poésie et se lancer dans une aventure. »

Il appréhende uniquement la pluie, facteur supplémentaire de chute, et le vent, à cause du bruit engendré.

Micaletti espère que son défi servira à d’autres sportifs, en leur permettant d’inclure le sommeil comme un paramètre clé de l’entraînement, mais aussi au quotidien, en militant pour la réhabilitation de la sieste bienfaitrice.   

Il s’imagine déjà tenter la même expérience l’an prochain sur 6 jours et 6 nuits… Et quand on lui demande s’il est fou, il s’exclame: « surtout, je ne veux pas guérir! »

David Courbet – AFP – 6 juin 2013

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