Foot à cinq: la France au premier rang mondial

Posted on 20 mai 2013

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Véritable phénomène culturel depuis quelques années, le foot à cinq se développe fortement dans l’Hexagone et compte quelque 2 millions de pratiquants réguliers ou occasionnels, soit davantage que de licenciés au football à 11, faisant de la France le premier marché mondial.

Avec un nombre de centres estimé entre 150 et 170 et un « marché qui représente environ 100 millions d’euros sur un total de 200 millions dans toute l’Europe, elle vient de dépasser l’Angleterre, pionnière, et se positionne comme le premier marché européen et donc mondial », confie Stéphane Garcia-Andreotti, auteur d’une étude sur le business du football à cinq.

Le concept du « Five a side football » séduit par son aspect ludique, sa convivialité et son accessibilité: deux équipes de cinq joueurs s’affrontent sur un terrain réduit couvert ou en extérieur en gazon synthétique doté de bordures empêchant le ballon de sortir de l’aire de jeu, différence majeure par rapport à son cousin le futsal. La fluidité du jeu est favorisée par l’absence de hors-jeu, l’interdiction des tacles et des contacts, rendant la pratique de cette activité moins traumatologique que son grand frère à 11.

« On vient y jouer entre collègues pour s’amuser et se défouler, sans aucune forme de compétition », atteste Jérôme, cadre de 24 ans, qui joue en moyenne deux fois par mois en région parisienne.

« Détente pour cadre urbain surmené »

Mais jouer a ici un coût: entre 70 euros (en heures creuses) et 120 euros l’heure selon les centres et les prestations souhaitées. Car les complexes sportifs, tous privés, ne rechignent pas sur l’accueil et mettent à la disposition des joueurs vestiaires, espace bar/restauration -qui peut représenter jusqu’à 30% du chiffre d’affaire-, et même salles de séminaires. Tout y est pensé « comme un sanctuaire du football en facilitant l’accès, en offrant des infrastructures de qualité et en proposant un espace de repos pour les clients après leur partie », confie Aymeric de Tilly, directeur commercial d’Urban Football, l’un des trois gros opérateurs du marché français.

De fait, le public cible est surtout composé de jeunes actifs salariés, « 45% de cadres, 25% d’employés et 15% d’étudiants », qui viennent se défouler le plus souvent en sortant du travail ou à la pause déjeuner, précise Stéphane Garcia-Andreotti.

« Ce que viennent chercher les gens, ce n’est pas de jouer au foot mais de la détente pour cadre urbain surmené, du lien social. Et ils payent pour les prestations autour », analyse Raoul Stioui, enseignant à l’Université d’Aix-Marseille spécialisé dans les rapports du sport à la société.

Cet engouement ne serait qu’un effet de balancier général « où le foot redeviendrait une affaire de privilégiés », ajoute-t-il. « N’oublions pas qu’à l’origine ce sport est élitiste, pratiqué dans les écoles anglaises! Le foot redevient élitiste avec des clubs où les supporteurs les plus pauvres ne peuvent plus aller au stade ».

Marché bientôt saturé

En 2012, 37 centres ont ouvert et une trentaine devrait encore voir le jour cette année. Mais l’eldorado commence à pâlir: « On compte déjà une quinzaine de liquidations judiciaires depuis deux ans de petites structures avec un ou deux terrains qui n’ont pas su faire face au poids des charges locatives et au développement des gros opérateurs », selon Stéphane Garcia-Andreotti. Le paysage français est certes « encore composé à 60% d’indépendants, mais ce chiffre ne fait que baisser » et « on s’oriente vers une concentration, comme c’est le cas outre-Manche où deux opérateurs se partagent 95% du marché », ajoute le spécialiste, fondateur du site consacré au foot à cinq « Number5 ».

La Fédération française de football, elle, semble avoir loupé le coche. « La Fédération a quasiment ignoré cette activité et quand elle s’est aperçue de l’engouement du public, elle a tenté de se rapprocher des gros opérateurs qui aujourd’hui n’ont pas forcément besoin d’elle pour se développer », poursuit-il. Sans oublier qu’un championnat serait synonyme de licences, coûtant en moyenne 50 euros dans un club à onze. Une somme supplémentaire pour des clients déjà bien généreux.

David COURBET – AFP – 25 avril 2013

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Posted in: AFP, Société, Sport