Présidentielle américaine : Occupy la campagne

Posted on 27 octobre 2012

0



En fêtant en septembre dernier son premier anniversaire, le mouvement de contestation « Occupy » entend assoir sa légitimité dans le paysage politique américain. Tout en tentant d’influer sur la campagne présidentielle.

Plus d »un an déjà que les premiers activistes de « Occupy Wall Street » investissaient à New York le parc Zucotti. Alors que tous les projecteurs se tournent pour suivre la campagne des candidats démocrate et républicain, les militants de ce mouvement social apparu dès le printemps 2011 en Europe peinent à faire entendre leur voix. Et à mobiliser les foules. Une poignée d’irréductibles permettent néanmoins au mouvement de garder vie… et espoir. A l’instar de Conor, étudiant, qui explique que « depuis un an, nous avons vu des centaines de milliers de personnes galvanisées, s’engager, et nous sommes très motivés à l’idée d’entamer une deuxième saison. Nous avons un plan d’occupation pour dix années au moins ».

« Occupy Wall Street »… et après ?

Sans leader ni mot d’ordre unitaire, le mouvement semble avoir des difficultés à incarner l’avenir des mouvements sociaux dans un pays où les revendications politiques sous forme protestataire sont vues d’un mauvais œil. Ce n’est pourtant pas l’avis de Dylan Mott, 20 ans et fervent militant d’Occupy : «  On voit de plus en plus de mouvements de ce type se développer ». Et dont les causes multiples constituent en définitive la raison d’être de Occupy, décliné en « Occupy the Bronx ou tout autre quartier, Occupy Well Street (pour les questions écologiques comme l’opposition au gaz de schiste), Occupy the Education et Occupy Student Debt (pour l’éducation gratuite et l’annulation de la dette étudiante), Occupy Your Homes et Occupy Foreclosure (pour lutter contre les évictions), Occupy the SEC (sur l’encadrement des banques) ou encore Occupy Healthcare (sur la réforme de l’assurance maladie) » précise Médiapart.

Lisa Fithian, activiste professionnelle, « Professor Occupy » selon le Mother Jones Magazine, organise la formation de manifestants @Thomas Haley

Une vision que partage l’économiste Evariste Lefeuvre, qui explique que « le mouvement exerce néanmoins des actions locales qui redessinent, bien que modestement, le paysage social américain ». Certains estiment que la prochaine étape consiste à former un mouvement politique crédible à l’échelle locale. Les élections de 2013 à New York pourraient ainsi devenir un tremplin pour des candidats démocrates ou indépendants, à la sensibilité proche du mouvement Occupy, pour conquérir des sièges de conseillers municipaux. David, militant d’Occupy Sunset Park, s’appuie sur l’exemple du… Tea Party, pourtant à l’opposé des conceptions partagées par le mouvement social : « Il l’a fait de manière très efficace.Ça a commencé comme un mouvement citoyen puis ils sont entrés en politique et disposent maintenant d’élus républicains. Mais il faut beaucoup d’argent pour être candidat », rapporte-t-il a Médiapart.

Une présidentielle à investir…

Mais pour espérer influer sur le paysage politique américain à l’avenir, encore faut-il attirer à soi l’intérêt des médias. La campagne présidentielle actuelle représente dès lors une période plus propice que jamais. Occupy peut se targuer d’avoir permis aux fractures idéologiques d’apparaître comme jamais. Professeur à l’Université de Princeton, Sean Wilentz explique que « quand les républicains disent, “Nous ne devons pas punir le succès en taxant”, leur message implicite est qu’il n’y a rien de mal à l’inégalité. Quand les démocrates disent, “Le succès n’arrive pas seul, il est rendu possible par la participation de tout le monde à un échelon ou un autre”. Cela signifie qu’ils refusent de laisser une société de classes s’installer aux États-Unis. La réforme de l’assurance maladie fait partie de ce même projet. La dynamique des classes sociales est abordée de manière implicite, mais elle est présente ».

Et lorsque l’influence des idées ne suffit pas, le passage à l’acte reste décisif. Comme ce fut le cas début septembre lorsque des activistes d’Occupy ont défilé lors de la convention démocrate, pour à la fois marquer son soutien avec le président Obama sans pour autant lui offrir carte blanche. Et lui rappeler ses promesses de 2009 quand le démocrate inspirait espoir en déclarant que son projet de réforme de régulation financière était « le plus vaste depuis la Grande Dépression des années 1930 ».

… au bénéfice de Romney ?

Bien que le candidat républicain présente un programme qui ne correspond en rien aux valeurs d’Occupy, il pourrait profiter du manque d’engouement de la gauche américaine, très présente au sein du mouvement social, en faveur du président sortant. L’espoir incarné par Obama en 2009, dynamique et symbole d’un certain renouveau politique, ne paraît plus jouer en sa faveur, un mandat étant passé par là. Le site francophone France-Amérique expose ainsi le cas de Madeleine, une jeune femme qui compte voter pour la première fois de sa vie le 6 novembre prochain. « Elle hésite encore à voter pour l’un des petits partis, ou pour un indépendant. Mais sa voix n’ira sûrement pas aux républicains, ni aux démocrates ».

Manifestation d’Occupy sur Washington Square © Thomas Haley

Même son de cloche pour Ian qui explique avoir été extrêmement déçu par Obama, « c’était pourtant le seul homme politique pour qui j’aie jamais eu envie de voter… ». Ou encore Ray Lewis, ancien capitaine de police de Philadelphie, et qui « ne croit plus au rêve ». « Qu’a fait Barack Obama depuis un an et le début d’Occupy Wall Street ? Il aurait pu nous défendre, ou au moins nous écouter (…) les politiciens s’inclinent devant les grandes sociétés. La politique n’est plus qu’une affaire de pot-de-vin aujourd’hui. L’argent corrompt les élections américaines ».

L’intérêt se porte alors vers les solutions alternatives, comme les candidatures moins médiatiques. La candidate du Parti vert à l’élection présidentielle ne déplaît pas aux militants d’Occupy. Partageant une partie de ses valeurs, « notamment en matière de décentralisation du pouvoir politique mais aussi économique » comme l’explique le site d’Europe Ecologie les Verts, elle bénéficie de ses canaux de communication que sont Internet, les réseaux sociaux et les nombreux blogs de militants. Pour Diane, 70 ans passés, cette figure « veut redonner le pouvoir au peuple » en gardant « cette mentalité de jeune activiste qu’elle était dans les années 60 ! ». Autant de voix qui risquent de faire la différence le 6 novembre prochain.

David COURBET – Celsa – 26 octobre 2012

Publicités