L’Iran ne veut pas s’aligner

Posted on 30 septembre 2012

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En accueillant le 16e sommet des non-alignés et en prenant sa présidence pendant trois ans, Téhéran entend démentir son isolement et renforcer son influence dans la région.

Deux jours durant, plus d’une centaine de délégations nationales se rencontrent jusqu’à ce soir à Téhéran pour le sommet des non-alignés. Une opportunité pour le régime de Mahmoud Ahmadinejad de redorer son blason sur la scène internationale et de prouver que son pays n’est pas aussi isolé que le prétendent ses adversaires. En dépit des critiques des États-Unis, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a décidé d’effectuer le déplacement pour l’occasion. Mais dès son discours d’ouverture hier, il n’a pas manqué de rappeler à Téhéran de « se conformer totalement » aux résolutions du Conseil de sécurité lui interdisant de poursuivre son programme nucléaire, au risque de voir ce dossier « dégénérer rapidement en spirale de violence ». Il a également fermement critiqué les menaces du régime à l’égard d’Israël et ses négations récurrentes de l’Holocauste. Le secrétaire général répondait à la diatribe prononcée plus tôt par l’ayatollah Ali Khamenei qui contestait la légitimité même de l’organisation onusienne, une « structure irrationnelle, injuste et totalement antidémocratique » qui serait « contrôlée par la dictature de quelques pays occidentaux ».

Dans cette ambiance électrique, Mohamed Morsi, qui effectuait la première visite en Iran d’un chef d’État égyptien depuis la rupture des relations entre les deux pays en 1980, s’est voulu ferme en dénonçant le « régime oppressif syrien qui a perdu sa légitimité ». Un pied de nez lancé à Téhéran, soutien indéfectible du régime de Bachar Al Assad dont la chute l’affaiblirait considérablement. Le président égyptien a néanmoins insisté sur la nécessité de régler le conflit par la voie diplomatique en travaillant avec « toutes les parties », y compris l’Iran. Même si une restauration des relations diplomatiques entre les deux pays, qui se disputent également avec la Turquie et l’Arabie saoudite le leadership dans la région, ne semble pas à l’ordre du jour, la visite de Mohamed Morsi constitue au moins un signal fort adressé aux États-Unis. Sa diplomatie ne sera pas aussi étroitement alignée sur celle de Washington que son prédécesseur déchu, Hosni Moubarak.

David Courbet – L’Humanité – 31 août 2012

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