Al Qaïda, cache-misère d’Obama

Posted on 15 juin 2012

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En éliminant le numéro deux d’Al-Qaïda, l’administration Obama réaffirme l’image de chef de guerre du président-candidat. Au risque de l’instrumentaliser et de s’en servir pour cacher l’échec du conflit afghan.

Critiqué pour son laxisme et son manque de résultat en termes de politique étrangère, Barack Obama a appris la nouvelle de la mort du numéro 2 d’Al-Qaïda avec soulagement. Tué par un tir de drône de l’armée américaine, ces avions sans pilote, lors d’un raid effectué mardi soir (le 5 juin 2012) dans les régions tribales du nord-ouest du Pakistan, le Libyen Abou Yahya al-Libi s’ajoute aux trophées de chasse du démocrate. Après la mort de Ben Laden, tué en mai 2011 par un commando d’élite de GI, la chute de cette nouvelle figure de la nébuleuse terroriste lui permet d’endosser à nouveau une posture de leadership sur le plan national.

« Réduire la vulnérabilité d’Obama »

Son équipe de campagne en est consciente et veut en faire un argument choc :  » Cet acte est considéré comme une victoire indéniable pour Obama qui ne manquera pas d’en faire une exploitation politique immédiate , explique François Durpaire, historien et spécialiste des Etats-Unis. Il précise « qu’en adoptant une posture de fermeté sur la politique étrangère, il a engrangé un capital confiance indéniable auprès des Américains en sa capacité de maintenir et protéger les intérêts américains à l’étranger, ce qui était un grand échec des républicains « .

Cependant, l’élection présidentielle de novembre prochain « ne se jouera pas sur l’international », mais sur le plan économique concède-t-il. Selon lui, le vice-président Joe Biden résume de manière simpliste le bilan d’Obama en déclarant qu’ « Oussama Ben Laden est mort et General Motors est vivant ». François Durpaire ajoute : « Il laisse entendre que l’économie irait plutôt bien et réduit la politique étrangère à ce que l’Américain moyen voit le plus, la mort de Ben Laden ». Un point de vue que partage Zaki Laïdi, professeur à Sciences-Po, auteur du Monde selon Obama, et pour qui « la variable économique paraît primordiale, et sur ce point, le président américain doit encore prouver. Néanmoins, ce nouveau coup porté à Al-Qaïda réduit considérablement la vulnérabilité d’Obama, renforce son image de chef de guerre et lui permet également de contenir le débat sur l’efficacité du programme des drônes ».

L’arbre qui cache la forêt

Mais à y regarder de plus près, la politique étrangère du président sortant ne tranche que peu avec celle de son prédécesseur, Georges W. Bush. »Il apparaît bien plus facile de décapiter la tête d’une organisation terroriste que de résoudre un problème de fond », nuance François Durpaire. Car la situation en Afghanistan ne s’est pas améliorée, bien au contraire. Les incursions récurrentes des Américains sur le territoire pakistanais, sous couvert de lutte contre le terrorisme, n’ont fait qu’accentuer les tensions avec ce pays ami. Le gouvernement pakistanais connaît les pires difficultés pour contenir l’anti-américanisme de la population. » Même si les Pakistanais approuvent la lutte contre Al-Qaïda, les frappes de drônes impliquent des centaines de morts de femmes et d’enfants », soutient Alix Philippon, docteur en science politique et spécialiste du Pakistan. Le centre américain New America Foundation estime ainsi que les tirs de drônes ont tué entre 1715 et 2680 personnes en huit ans.

Face à ce constat, le gouvernement pakistanais reste toujours passif, notamment car « il dépend financièrement des Etats-Unis qui lui versent chaque année entre un et deux milliards de dollars d’aides pour lutter contre le terrorisme. Même si celle-ci a été réduite d’un tiers fin 2011, le chantage perdure », admet Alix Philippon. Selon elle, le conflit régional « a été un échec total et n’a fait qu’intensifier l’islamisme radical avec l’apparition par exemple de nouveaux groupes terroristes comme les talibans pakistanais ». S’il ne fait pas de doute que l’équipe d’Obama instrumentalisera durant la campagne la mort du numéro 2 d’Al-Qaïda, pas sûr que celle-ci ne suffise à masquer l’échec global de sa politique étrangère, du moins jusqu’en novembre prochain.

David Courbet – Nonfiction.fr – 8 juin 2012

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