Législatives en Hauts-de-Seine: la droite en marche Asnières

Posted on 4 juin 2012

0



Acquise à la droite depuis plus de 45 ans, la circonscription d’Asnières-sur-Seine/Colombes-sud (92) pourrait tomber dans l’escarcelle du PS. La faute à des dissensions internes à la majorité actuelle.

Au sein du département des Hauts-de-Seine, un bastion historique de la droite, certaines circonscriptions risquent de mener la fronde. La deuxième, incluant les territoires d’Asnières-sur Seine et la partie sud de Colombes, pourrait en prendre la tête lors des législatives des 10 et 17 juin prochains. Le député sortant, Manuel Aeschlimann, investi par l’UMP, brigue un troisième mandat. Face à lui, deux candidats ne lui rendront pas son éventuelle réélection facile : Sébastien Pietrasanta, actuel maire PS d’Asnières-sur-Seine, et Rama Yade, qui se présente avec les couleurs du Parti radical qu’elle a rejoint en octobre dernier.

Au vu des résultats obtenus par le candidat Sarkozy lors des présidentielles de 2007 dans cette circonscription, plus de 54%, et la large victoire quelques semaines plus tard à plus de 56% de Manuel Aeschlimann face à son opposante du Parti socialiste, conquérir ce territoire semblait chose impossible il y a encore cinq ans pour la gauche. Jusqu’au 6 mai dernier où François Hollande est arrivé en tête avec 51,14% au second tour de la présidentielle.

Vers un référendum anti-Aeschlimann ?

Même si plusieurs députés des Hauts-de-Seine investis par l’UMP risquent de se retrouver en ballotage défavorable, la deuxième circonscription connaît elle une configuration atypique qui s’est illustrée lors des dernières élections municipales à Asnières-sur-Seine. Sur fond d’accusations pour favoritisme dans l’attribution d’un marché public, Manuel Aeschlimann a perdu la mairie au second tour face à une liste fusionnée PS-Modem et divers droite menée par Sébastien Pietrasanta.

http://www.dailymotion.com/embed/video/x4qpu0_la-chute-de-manuel-aeschlimann-a-as_news
La chute de Manuel Aeschlimann à Asnières par rue89

Une révolution pour cette ville qui n’avait pas connu de maire de gauche depuis 1959. « Le candidat sortant s’est trouvé dans une situation complexe après avoir connu ce revers électoral » analyse Henri Rey, directeur de recherche au CEVIPOF. Le spécialiste des comportements politiques dans les périphéries urbaines fait valoir « qu’après avoir perdu la mairie, une concurrence politique entre candidats d’un même parti s’est installée », phénomène somme toute « assez banal, surtout à droite » précise-t-il.

En embuscade, Rama Yade espère pouvoir profiter de l’imbroglio local. Présidente du groupe municipal d’opposition UMP-Nouveau Centre-Parti radical à Colombes, elle s’est déclarée candidate à la députation en décembre dernier dans cette circonscription qui regroupe une partie des deux villes. Un désaveu pour la droite locale qui a tout fait pour invalider sa candidature. Sans suite. L’ancienne secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme n’a pas reçu l’aval de l’UMP mais se targue sur son site, en « femme libre et courageuse », d’être soutenue par les élus locaux, rebutés par les agissements du député sortant. Et même par l’actuel président du Conseil général des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian.

L’élection du 10 juin pourrait ainsi donner lieu à une triangulaire atypique. Reste à savoir si une nouvelle coalition menée par le candidat socialiste suffira à faire basculer la circonscription à gauche.

—————————————————————————-

[box]Quand Asnières se gentrifie

Les comportements électoraux ont changé. Selon Henri Rey, des circonscriptions comme celles d’Asnières « votent désormais PS ». Il explique néanmoins que ce n’est pas lié à un renouvellement des classes populaires, présentes dans le nord de la ville, mais à « une évolution du comportement électoral et politique ». Les populations défavorisées d’Asnières, en majorité issues de l’immigration, sont peu politisées. C’est davantage dans le centre-ville bourgeois que se joue l’avenir politique de la circonscription.

Depuis les années 80 et 90, Asnières-sur-Seine connaît des évolutions démographiques et sociologiques notables. Sous la pression du prix de l’immobilier dans la capitale, de nombreuses familles parisiennes se sont déplacées vers la banlieue. Une population jeune, active et qualifiée s’est petit à petit installée dans la région, provoquant une gentrification de la ville.

La proximité avec Paris et le quartier d’affaires de la Défense, ainsi qu’une offre de location plus attractive, représentent pour les classes moyennes des atouts importants. Les cadres et les professions intermédiaires qui sont venus s’établir à Asnières ont ainsi modifié le tissu sociologique du département.

Ce sont aujourd’hui ces catégories socio-professionnelles qui tournent à gauche. « Ce sont les cadres et les professions intermédiaires qui sont le plus à même de voter PS », explique Henri Rey. La clé du basculement d’Asnières-sur-Seine en faveur des socialistes est là, dans ces « changements d’orientation du vote des classes moyennes ».

[/box]

David Courbet & Baptiste Condominas – Seine Politique – 14 mai 2012

Publicités
Posted in: Article, CELSA, Politique