La Envie, petit club échangiste pépère au pays de Angela Merkel

Posted on 10 décembre 2011

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La gare désaffectée de Simtshausen (David Courbet)

A la sortie du village, une gare désaffectée dissimulée par des arbres, qui ne laisse en rien présager une activité particulière. Une façade repeinte : « La Envie – Swingerclub ». Simtshausen, bourgade rurale du Hesse d’à peine 400 âmes : ses champs, ses tracteurs, sa moyenne d’âge de 61 ans et… son club échangiste.


Façade de La Envie – Swingerclub (David Courbet)

Voilà presque huit ans que l’établissement a été ouvert, sans que celui-ci ne dérange plus personne. Le village est pourtant majoritairement peuplé de retraités, et l’Eglise fait salle comble lors de la messe du dimanche.

Lumière tamisée rougeâtre, musique rock en fond sonore, un bar derrière lequel s’entassent différentes boissons alcoolisées. Rien d’exceptionnel. Le comptoir est décoré de godemichés aux formes et couleurs variées, et des préservatifs sont à disposition.


Le bar de La Envie – Swingerclub (David Courbet)

Au mur, la projection d’un film « pour adultes » est censé émoustiller les clients. Une quarantaine d’hôtes arbore des tenues appropriées. Notons que les couples sont majoritaires, que la parité est respectée et que les âges varient de 25 à 60 ans.

Cent euros pour les hommes seuls

Parmi les femmes, Lola – tous les prénoms des clients ont été changés –, 40 ans, brune aux mèches rouges, vêtue d’une simple chemise de nuit. Avec son époux, elle fait partie des habituées de La Envie.

« Nous venons quatre à six fois par mois, mais il m’arrive de venir seule également, c’est gratuit dans ce cas ! »

Ce soir, ils ont payé 40 euros pour deux.

« Ce n’est rien quand on sait que nous avons accès à un buffet et que les consommations sont à volonté. »

Pour fonctionner, l’établissement compte surtout sur les hommes seuls qui doivent s’acquitter la somme de 100 euros.

« Pour 50 euros, tu peux avoir ton affaire avec une prostituée. Ici, le prix reste très raisonnable pour le service proposé. En plus, la sensation n’est pas la même : personne n’oblige les filles à venir vers toi. C’est primordial pour la confiance en soi ! » explique-t-elle.

Bain à remous et table d’auscultation

Dans une pièce aux allures de harem, au détour d’un couloir, une femme est allongée nue sur un grand matelas. La joute sexuelle la met en scène avec trois hommes qui la caressent, tandis qu’elle masturbe un quatrième à moitié caché derrière la cloison. Deux personnes contemplent la scène. Plus loin, un couple enlacé s’assoupit dans le bain à remous.

Dans une autre salle, allongée sur une table d’auscultation, une femme aux formes prononcées se fait examiner par deux spécialistes improvisés.

Par contre, la chaise suspendue au plafond par des chaînes, entourée de bougies, de menottes et d’une cravache, n’a pas encore trouvé preneur.

Lola y a emmené son fils dès ses 18 ans

Tous ont leur raison de pratiquer l’échangisme, aucun ne s’en cache. Lola raconte :

« Voilà cinq ans que nous sommes mariés. Nous avions tous les deux connus des histoires de couple chaotiques auparavant et c’est d’un commun accord que nous avons décidé de tenter l’échangisme. »

Mère de deux enfants, cette boulangère raconte avoir emmené son fils au club dès ses 18 ans :

« Je n’ai jamais rien caché à mes enfants. Mon fils est déjà venu trois fois. Depuis, il s’est trouvé une copine et préfère lui rester fidèle. »

Elle poursuit :

« Mon mari est plutôt voyeur alors que moi active. Mais je ne couche pas avec le premier venu. Un refus poli est toujours respecté ».

Son époux s’approche et lui glisse à l’oreille avoir repéré un homme qui pourrait lui correspondre. Lola lui sourit et après un signe d’approbation, va aborder sa cible.

Tout le monde n’a pas la même aisance.

« Je travaille pour des magazines pour enfants »

Else, une blonde de 34 ans vient pour la troisième fois seulement avec son mari. Objet de tous les regards, elle n’ose encore franchir le pas. Son époux non plus. Elle ne quitte pas son portable des yeux :

« Il faut que je reste vigilante car à tout moment je peux recevoir un appel de mon babysitteur qui garde ma fille de 5 ans. C’est mon mari qui m’a proposé l’idée, qui ne me tentait pas au début. Mais je suis une vraie débutante, je bloque encore. »

Else n’est pas sûre de vouloir continuer :

« Je n’ai pas trop envie que cela se sache car je suis journaliste et je travaille pour des magazines pour enfants. »

« Ici, pas de compétition à la plus belle partenaire »

De leur côté Jorg et Viki, 48 et 55 ans, aiment beaucoup ce club et n’hésitent pas à effectuer le trajet depuis Francfort (à 150 km) une fois par mois. Lui travaille dans l’assurance, elle dans la banque. Ce couple pratique l’échangisme depuis deux ans.

« Nous n’éprouvons pas systématiquement le besoin de faire l’amour », reconnaît Jorg.

Ils apprécient l’atmosphère de La Envie :

« Bien sûr on trouve des clubs à Francfort, mais nous n’aimons pas leur côté “‘commercial’’. Ici il n’y a pas de compétition à essayer de comparer qui a la plus belle partenaire. Les gens nous sont familiers.”

Les gérants, un ancien flic et une ex-députée

Les rumeurs, elles, ont été nombreuses lors de l’ouverture du club mais se sont vite estompées grâce à la bonne réputation de ses gérants, Walter et Heidi.

Lui, natif du village voisin, était policier et a permis à l’établissement de gagner la confiance des habitants. Elle, ancienne députée PDS – l’ex-parti d’extrême gauche aujourd’hui dissout dans Die Linke – a attiré l’intérêt de la presse.

La maison marche bien à présent, nous sommes ouverts quatre fois par semaine ”, précise Walter. “Il nous arrive même d’être victimes de notre succès : au-delà de cinquante personnes, nous refusons l’entrée certains soirs ! ” s’amuse Heidi.

Elle cherche à promouvoir davantage le club dans les villages alentours. Son passé politique lui a permis de garder de bons contacts dans la région. La gérante montre du doigt un homme en caleçon et torse nu.

Je peux compter sur lui, il fait partie du conseil municipal du village.


Simtshausen, Hesse, Allemagne (David Courbet)
David Courbet – Rue89 – 23 novembre 2011
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