Merkel-Sarkozy : Libé et Le Figaro n’ont pas vu le même sommet

Posted on 5 décembre 2011

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Comment traiter un même événement diplomatique avec des sensibilités politiques différentes ? Les mesures annoncées mardi 16 août à l’issue de la rencontre entre la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy relatives à la crise de la dette en Europe sont accueillies de façon différente par la presse française. Le match oppose Le Figaro, louant les efforts effectués, à Libération qui préfère minimiser leur impact.

Quatre propositions sont sorties du « sommet de l’Elysée »: l’inscription dans la Constitution des 17 États membres de la zone euro de la « règle d’or » budgétaire (concernant la limitation institutionnalisée des déficits publics), l’instauration d’un gouvernement économique de la zone euro, la création d’une taxe sur les transactions financières et enfin la mise en place d’un impôt commun sur les sociétés entre l’Allemagne et la France. Le Figaro salue le sommet qui « a remis en avant le rôle moteur du couple franco-allemand pour sortir la monnaie unique de l’ornière » alors que Libération parle de « sommet à minima« .

« Les 3 propositions de Merkel et Sarkozy à l’Europe » titre en Une Le Figaro, accompagné d’une photo soulignant la complicité entre les deux dirigeants. En revanche, le quotidien ne mentionne pas en Une l’idée de la création d’un impôt sur les sociétés commun entre les deux pays. Ce sommet aura ainsi permis de « montrer qu’en pleine tempête estivale, il y a un capitaine à la barre de la zone euro. Et même deux! » s’exclame Le Figaro. L’article s’attarde sur les mesures annoncées, « création d’un « véritable » gouvernement économique de la zone euro, instauration d’une taxe sur les transactions financières » et plus particulièrement sur « la règle d’or », rejetée par l’opposition française. Rapportant les propos des deux dirigeants qui comptent « proposer que les 17 pays membres de la zone euro adoptent, avant la mi-2012, une règle d’or budgétaire« , le quotidien précise que « Paris et Berlin veulent que chaque pays membre s’engage sur une trajectoire de réduction de ses déficits et la fasse graver dans le marbre de sa Constitution. Une ­telle mesure permettrait de rassurer les marchés financiers en leur démontrant la volonté absolue des pays de la zone de réduire leurs déficits et leur endettement« . Ce processus serait le seul à même de « rassurer les marchés financiers en leur démontrant la volonté absolue des pays de la zone de réduire leurs déficits et leur endettement » permettant d’assurer une reprise de la « croissance à moyen terme dans la zone euro » en apportant des gages de confiance via « des programmes de soutenabilité de la dette » écrit Le Figaro, rapportant les propos du chef de l’État.

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Photo choisie: Merkel pose la main sur l’épaule de Sarkozy. Un signe ?

Le journal rappelle pudiquement qu’en « France, le processus parlementaire est pour le moment suspendu » avant d’ajouter qu’au « sein des dix-sept, l’Allemagne est la plus avancée en matière de règle d’or budgétaire » tant au plan national qu’aux régions allemandes. Jugeant cette mesure primordiale, Nicolas Sarkozy estimerait « qu’un refus du PS sera sanctionné par les électeurs lors de la présidentielle de 2012 » commente Le Figaro.

Le quotidien énonce, sans commentaires, la quatrième proposition issue du sommet, la création pour 2013 d’un impôt sur les sociétés commun pour les entreprises allemandes et françaises. Le journal se réjouit d’une éventuelle harmonisation fiscale entre les deux pays. Les entreprises françaises sont, selon Le Figaro, plus taxées que les allemandes, « l’impôt sur les société étant proche des 30% en Allemagne, contre 33% en France, les entreprises hexagonales pourraient y gagner« . Un tel réalignement pourrait ainsi leur être bénéfique, « sauf si l’alignement se fait par le haut » explique-t-il.

En revanche, le quotidien ne s’attarde pas sur les mesures non-discutées lors de la rencontre, à savoir la création éventuelle d’eurobonds et le relèvement des capacités d’intervention du Fonds européen de stabilité financière (FESF), actuellement fixé à 440 milliards d’euros, « deux mesures réclamées à cor et à cri par les investisseurs » ajoute-t-il, sans préciser de quoi il s’agit. L’émission prématurée d’obligations européennes – un emprunt européen commun – « mettrait «gravement en danger» les pays les mieux notés » d’après le président français. Selon le Figaro, Angela Merkel serait « soumise à une forte pression de son opinion publique, de plus en plus réticente à l’idée de voler au secours des pays périphériques » et qui ne voudrait pas entendre parler de ces eurobonds, tout comme la chancelière. Il laisse ainsi entendre que peu de monde en Allemagne soutient une telle mesure.

Un sommet à minima pour Libé

De son côté, Libération ne consacre qu’un petit titre à la rencontre entre le président français et la chancelière allemande, préférant parler de « sommet à minima« .

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Titre a minima à la Une

Le quotidien relativise la rencontre et ses « avancées lointaines« . Il énumère les quatre mesures annoncées, mais au contraire du Figaro, insiste plus particulièrement sur les « non-mesures, aussi importantes que les annonces de réforme », les eurobonds et le relèvement du FESF. Selon le quotidien, ces « deux mesures auraient pourtant fortement refroidi les velléités des spéculateurs« . Il rapporte que « pour Nicolas Sarkozy, cette mesure (la création d’eurobonds, ndlr) «consisterait à garantir le triple A à la dette de tous les pays de la zone euro, c’est-à-dire [à garantir] la totalité de la dette sans avoir la maîtrise de la dépense et de la création de la dette» » avant de commenter: « pas sûr que ce refus satisfasse les marchés« . A l’inverse du Figaro, Libération croit savoir au contraire dans un autre article (lien payant) que le débat outre-Rhin sur l’émission d’eurobonds ne semble pas aussi tranché au sein de la classe politique allemande, notamment au sein de la majorité qui « commence à se diviser« . L’opposition « réclame désormais ouvertement la création de ces obligations » mais elle ne semble plus seule. « Plusieurs députés influents de la CDU (chrétiens-démocrates) ont abordé le sujet sans tabou ces derniers jours » affirme le quotidien.

Le journal ne manque également pas de commenter les mesures adoptées lors de la rencontre entre Merkel et Sarkozy. La mise en œuvre de la « règle d’or » « corsèterait également un peu plus les politiques budgétaires, déjà encadrées par la réglementation européenne sur la limitation des déficits » critique le quotidien qui se demande également sur quel modèle celle-ci devrait se calquer. « L’Allemagne prévoit ainsi un plafond de déficit pour ses dépenses de fonctionnement, alors que le projet français obligerait les lois de finances à se conformer à un objectif conduisant à l’équilibre budgétaire » explique le journal.

Libération salue également l’harmonisation fiscale prévue pour 2013 entre les entreprises des deux pays. Il s’agirait « d’une réelle avancée, dans la mesure où les différences de fiscalité représentent une vraie source de dumping fiscal au sein de l’Union » avant de conclure que « ce rapprochement obligera également la France à revoir son assiette d’imposition sur les sociétés, aujourd’hui très réduite« .

par David Courbet – Arrêt sur Images – 18 août 2011

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