POLITIQUE – Jean-Louis et François sont dans un bateau…

Posted on 27 novembre 2011

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Afin d’entamer la dernière ligne droite avant les élections présidentielles de 2012 avec sérénité, le gouvernement de Nicolas Sarkozy connaîtra un remaniement demain. L’attention des médias se focalise principalement sur le choix du Premier Ministre. Politicast.net revient sur ce feuilleton qui connaîtra un dénouement après cinq mois de tractations et spéculations.

Annoncé le 30 juin dernier et prévu pour la rentrée de septembre, le remaniement gouvernemental a constamment été différé depuis. Principale responsable : la mobilisation sociale vis-à-vis de la réforme controversée des retraites. Les candidats à la succession du Premier Ministre François Fillon, considéré sortant, sont nombreux. Parmi ceux-ci, un personnage récurrent : l’actuel ministre de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer, Jean-Louis Borloo. Les médias traditionnels sur Internet ont certainement joué en faveur de sa médiatisation croissante, le rendant le successeur le plus probable au poste de chef du gouvernement.

Jean-Louis Borloo, 1er Ministre annoncé

En 2008, suite à sa phrase en référence à l’omniprésence du Président de la République, « Sarkozy, c’est le seul qui a été obligé de passer par l’Elysée pour devenir Premier ministre », le ministre de l’Ecologie se voit remettre le premier prix de ‘‘comique politique de l’année’’. Considéré dans l’imaginaire des Français comme un personnage volatil, bon vivant et plutôt laxiste relate Libération.fr, Jean-Louis Borloo cherche depuis peu à se donner une allure de premier ministrable, voire plus. Lepost.fr relate ainsi le relooking entrepris par l’actuel ministre qui aurait fait appel aux services d’un coach pour ses exercices physiques, adopte une coupe de cheveux plus appropriée et va jusqu’à entamer des séances chez une esthéticienne. L’image possède une place centrale dans la vie politique actuelle, notamment quant on prétend à exercer de hautes fonctions. Pour Lefigaro.fr, ces signes ne trompent pas et sont synonymes d’une arrivée imminente à Matignon.

Depuis le mois de septembre, les médias ne font aucun doute de la réussite de Jean-Louis Borloo. « Maitrise de ses dossiers » dixit Lemonde.fr, « homme aux capacités de négociations et au caractère social » pour Leparisien.fr ou encore « caution écologique » relaye Lefigaro.fr, le chemin semble sans embûches. Sans oublier le soutien dont dispose le ministre parmi les autres membres du gouvernement parmi lesquels Rama Yade, secrétaire d’Etat chargée des Sports, Marc-Philippe Daubresse, ministre de la jeunesse ou encore Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la ville. Cette dernière considère que « le meilleur c’est Borloo » dans Leparisien.fr, allant même jusqu’à dénigrer le Premier Ministre actuel, vu comme un « notable bourgeois de la Sarthe ». A force d’affirmer que le scénario s’avère d’ores et déjà plié, la prophétie auto-réalisatrice inviterait à ne se préoccuper que des autres postes ministériels. Or, c’est oublier un peu trop vite que le locataire de Matignon ne compte pas disparaitre aussi facilement.

L’outsider François Fillon

A la tête du gouvernement depuis l’élection présidentielle de 2007, François Fillon a su se fondre dans le « système sarkozyste où le Président décide de tout et dans lequel le 1er Ministre n’est qu’un exécutant » explique L’Humanité.fr, en rappelant que ce dernier joue le rôle de « collaborateur et non d’exécutant ». Une attribution qui lui conviendrait à merveille selon Lepoint.fr et auquel François Fillon aurait pris goût. La présidentialisation du régime voulue par le chef de l’Etat rebaptise dès lors la fonction du chef du gouvernement qui ne sert plus de « fusible » comme ce fut le cas durant la Vème République explique Libération.fr. Les Français sont d’ailleurs en majorité favorables à une reconduction du 1er Ministre actuel, crédité à travers différents sondages de plus de 20 points que son successeur (trop vite ?) désigné Jean-Louis Borloo.

D’autant plus que l’ascension médiatique du ministre de l’Ecologie agace jusque dans les rangs de la majorité. Jean-Louis Borloo est l’objet de toutes sortes de critiques émanant de l’UMP : « imprévisible », « dépensier », « brouillon », « manquant d’expérience pour tenir une majorité parlementaire souvent rebelle » relate Lemonde.fr. De quoi redorer le blason de l’encore actuel chef du gouvernement. Muet jusqu’alors, François Fillon vient d’exprimer publiquement son désir de conserver son poste. Relayé par toute la presse, son allocution fait office d’un « avertissement » pour Lemonde.fr : outre sa volonté de poursuivre « dans la cohérence » la politique gouvernementale, elle reflète toute la difficulté stratégique dans laquelle le Président de la République se trouve à présent. Et celle-ci risque de lui être fatale en vue de sa réélection en 2012.

L’horizon de 2012…

Le remaniement annoncé se révèle primordial pour le Président Sarkozy car il préfigure la fin de son mandat et surtout prédisposera de sa réélection éventuelle. Or, à vouloir communiquer sur tout, il semble « avoir commis l’erreur d’annoncer trop précipitamment sa volonté de remanier le gouvernement en libérant les velléités de concurrents potentiels » affirme Marianne2.fr. En ligne de mire : Jean-Louis Borloo. Censé incarné un visage social de par sa formation centriste, ce dernier pourrait mettre en difficulté le Président lors des prochaines élections présidentielles.

Pour Lefigaro.fr, Si le ministre de l’Ecologie est désigné au poste de Matignon, ce sera en partie pour satisfaire les mécontents du mouvement social face à la réforme des retraites. Le « virage à gauche » qu’incarnerait Jean-Louis Borloo pourrait jouer en défaveur d’un électorat de droite insatisfait d’une telle nomination et qui le ferait sentir en 2012. Les sondages tendent à accréditer cette hypothèse dans la mesure où 80% des sympathisants de droite appuient le maintien du 1er Ministre actuel contre 25% seulement qui lui préfèreraient Jean-Louis Borloo (sondage BVA du 28 octobre 2010). Pourtant, ce serait également l’assurance ajoute Libération.fr de ne « pas voir de candidature de centre-droit au premier tour de l’élection présidentielle ». Le président du Parti radical a en effet su s’imposer comme rassembleur de la famille centriste au travers de la convention centriste tenue à Lyon début septembre et la « volonté de créer une vraie confédération des centristes » annonce Marc-Philippe Daubresse.

Pour autant, Jean-Louis Borloo est loin de faire l’unanimité, notamment au sein de la majorité parlementaire qui soutient largement le locataire de Matignon. « L’effet de surprise ne peut être que de garder Fillon » estime un responsable de la majorité à Libération.fr. Le camp des centristes estime que « Fillon a craqué et perdu son sang-froid » en annonçant sa volonté de garder son poste. En face, certains parlementaires UMP sont accusés par l’entourage du ministre de l’Ecologie de lancer des « boules puantes » à son encontre. En atteste son dernier surnom dans les couloirs de l’Assemblée Nationale de « Bordeloo » révèle Leparisien.fr.

Nul doute que ces luttes intestines incessantes, qui rappellent la triste époque du RPR, laisseront des traces lors des prochaines élections présidentielles. La fonction de 1er Ministre, amoindrie jusqu’ici, n’aura jamais vêtu autant d’importance sous l’ère de Nicolas Sarkozy.

David COURBET – Politicast.net – 13 novembre 2010

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