POLITIQUE (Cantonnales Aix) – Les promesses n’engagent que ceux qui y croient

Posted on 27 novembre 2011

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La formule, employée jadis par Charles Pasqua, semble avoir été adoptée par de nombreux hommes politiques. En atteste l’exemple du candidat Robert Dagorne lors des élections cantonales de 2011.

Maire d’Eguilles, le candidat Nouveau Centre Robert Dagorne, investi par l’UMP, a fait campagne dans le canton Aix Sud-Ouest avec l’ambition d’intégrer le Conseil général des Bouches-du-Rhône. Elections tristement connues pour leur taux d’abstention record, tendance à laquelle on ne dérogea avec près de 67% pour le millésime 2011 ; différentes actions ont été entreprises afin de les médiatiser. La télévision associative Anonymal, située au cœur du quartier du Jas de Bouffan, s’est investie dans la couverture de la campagne du mois de mars 2011. Dans une visée de démocratie participative, le but de l’association a été de permettre aux administrés d’interpeller directement leurs éventuels élus.

Le vendredi 18 mars fut organisé au centre social des Amandiers un débat contradictoire entre les différents candidats. Le Front National ayant décliné l’invitation, les quatre autres organisations politiques (Parti Socialiste, Europe Ecologie-Les Verts, Front de Gauche et Nouveau Centre) avaient confirmé leur présence. Cependant, Robert Dagorne fut attendu en vain pendant toute la soirée, pour des raisons toujours inconnues (l’émission est disponible sur le site d’Anonymal). Le débat contradictoire s’est ainsi résumé à une discussion entre trois candidats aux affinités politiques évidentes et assumées et un public aux revendications, notamment sociales, fortes.

Avec 26,6% des suffrages exprimés, soit moins de 9% des inscrits, Robert Dagorne se place en deuxième position, ce qui l’amène à affronter le conseiller général sortant André Guinde lors du second tour. Faisant fi de son absence au cours du premier débat, Anonymal l’a de nouveau invité à participer à un autre débat contradictoire face à son concurrent direct, invitation qu’il a expressément acceptée. Surprise : quelques minutes avant l’heure fixée, le candidat Nouveau Centre ne donne toujours pas de nouvelles. Une nouvelle fois, le débat contradictoire n’a consisté qu’en un discours uniforme.

De cette double défection peuvent se dégager plusieurs enseignements. Qu’est ce qui pousse un élu à refuser une plateforme de démocratie directe alors que négliger un tel canal peut s’avérer fatal pour un homme politique ? Cette question, à laquelle nous laisserons le lecteur répondre en fonction de ses propres convictions, revêt un caractère d’autant plus primordial qu’il concerne un média en pleine expansion. La diffusion des débats ne s’effectuant que via le Web, le maire d’Eguilles semble avoir perdu la possibilité de se donner une « image moderne » et par là espérer toucher un électorat plus diversifié.

Quelle crédibilité peut-on également accorder à un candidat qui refuse le débat, tout en aspirant à tenir des responsabilités ? Plateau participatif riche en enseignements, il a été l’occasion pour un public venu en nombre de faire montre de son intérêt vis-à-vis de problématiques locales. Non, le citoyen ne se  désintéresse pas de la politique. Esquiver le débat à deux reprises constitue un manque de respect indéniable (bien que Robert Dagorne se soit ensuite rendu compte de son erreur en acceptant un débat… seul).

Enfin, un tel acte décrédibilise non seulement le candidat en question qui ne tient pas ses promesses et sème le doute jusqu’à la dernière minute, mais également la classe politique dans son ensemble, alimentant par là-même le discours bien connu et répété du « tous pourris », responsable en partie du succès inquiétant de la montée du Front National. A ceux qui ont cru à de telles promesses d’en tirer leurs propres conclusions.

David COURBET – Politicast.net – 31 mars 2011

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