OPINION – Ah, c’est beau l’autonomie !

Posted on 27 novembre 2011

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Caisse d’Epargne, Apple, The Phone House, SFR… Difficile de se frayer un chemin dans le hall de l’IEP entre ces différents stands publicitaires

Auparavant cantonnés à l’extérieur de notre cher Institut, force est de constater que la fameuse « Grande Ecole en Provence » accorde désormais en son sein une place de plus en plus conséquente au secteur privé, aux dépens de son caractère PUB-lic. Une touche de sérieux supplémentaire qui, en permettant au monde de l’entreprise d’être au plus proche des préoccupations des Iepiens, offre un cursus davantage professionnalisant et donc valorisé, bénéfique aux étudiants ? Si seulement.

Autonomie

Sources : logorama / culturopoing.com

La réforme portée par Madame Valérie Pécresse tendait à avancer vers une logique « managériale »

En 2009, Sciences Po Aix a connu une mobilisation historique sans précédent à laquelle des étudiants ainsi qu’une large partie du corps professoral ont pris part. La réforme portée par Madame Valérie Pécresse tendait à renforcer le pouvoir discrétionnaire du Président d’Université et de son Conseil d’Administration et avancer vers une logique « managériale » de l’Université. Cette logique s’inscrivait dans le cadre plus global qu’était la loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités (LRU) de 2007. Celle-ci accorde aux Conseils d’Administration la pleine gestion du budget et a pour finalité d’imposer des choix en termes de rentabilité et de visibilité internationale.

Faciliter l’entrée des étudiants sur le marché du travail ?

L’ouverture vers le monde entrepreneurial en est une conséquence. Outre le risque d’imposer sa vision au monde universitaire en influençant la répartition des moyens entre « disciplines rentables » ou non, il profite de la brèche offerte pour parfaire son marché. Cette réforme prend pour panacée le modèle anglo-saxon où l’entreprise, au plus proche des attentes des étudiants et le tout dans un cursus professionnalisant, permettrait de faciliter leur entrée sur le marché du travail. Problématique hautement préoccupante quand la France fait face à un taux de chômage des 15-24 ans de près de 25%.

Qu’arrivera-t-il à certaines sections « inutiles » au marché ?

Pourtant, les élèves des Grandes Ecoles, dont SciencesPo Aix fait partie, ne sont pas les plus mal lotis. Cela n’empêchera néanmoins pas les entreprises voulant accroître leur partenariat avec l’IEP d’émettre leurs préférences en termes de développement de telle ou telle formation. Pas sûr alors que certaines sections, « inutiles » au marché à première vue, ne soient en odeur de sainteté. Pourquoi investir en « Culture et société » quand le gros de ses troupes est constitué d’étudiants étrangers ?

Mais avant de proposer à l’étudiant devant le parvis de l’IEP un emploi sur un plateau, l’entreprise préfère auparavant chercher le client dans le hall… Belle autonomie.

David Courbet – Controverses – novembre 2010
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