OPINION – Ah ça ira… l’oligarchie on la pendra !

Posted on 27 novembre 2011

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En réaction à la conférence ayant eu lieu le 9 février, en présence d’Hervé Kempf, sur le thème « Les démocraties occidentales rentrent-elles dans des régimes oligarchiques ? 

 

Début 2011, l’agence de notation Fitch Ratings abaisse la note de la Grèce pour sa dette à long terme d’un cran, passant de « BBB- » à « BB+ ». Malgré les restrictions budgétaires drastiques que vont devoir subir sa population, les marchés financiers considèrent les efforts politiques envisagés comme insuffisants. Le pays de la zone euro se voit désormais relégué parmi les émetteurs considérés comme peu fiables. Les pouvoirs publics, pourtant élus par les citoyens, restent impuissants face à la toute-puissance de la finance. La majorité se soumet à une minorité totalement externe au quotidien vécu par les Grecs

Ces même Grecs, aujourd’hui pointés du doigt, ont pourtant, près de 2400 ans auparavant, imaginé les différentes formes de gouvernement qui servirent de base au développement de la philosophie politique. Or, des trois régimes initialement étudiés, seuls deux semblent de nos jours caractériser un système politique. La démocratie, modèle considéré comme le plus à même d’offrir et de garantir une liberté et une égalité aux individus qui la composent, ne connait que son penchant autoritaire voire dictatorial. Dans cette dernière configuration, le pouvoir n’appartiendrait non pas à la majorité du peuple mais serait détenu par une personne dirigeant selon son bon vouloir. Quid de la situation dans laquelle un petit nombre, du grec « oligo », détiendrait les rennes de l’autorité ? Cette troisième disposition, celle d’un régime oligarchique, a en réalité pris le pas sur la panacée démocratique jamais contestée. Dans son dernier ouvrage, le journaliste Hervé Kempf remet en cause cette évidence en réhabilitant un concept trop longtemps oublié.

Oli

Cette démocratie, malade, appelle à un nouveau questionnement sur la politique tristement assujettie au pouvoir économique. Au niveau de la sphère financière, les pertes sont bien publiques quand les bénéfices restent privés : l’intervention des pouvoirs publics lors de la crise de l’automne 2008 au profit du secteur bancaire et leur légitime volonté de reprendre en main le système financier n’ont en rien changé la configuration qui sévit depuis plus de vingt ans. Cette « moralisation du capitalisme », bel oxymore, qu’avaient appelé de leurs propres vœux les plus ardents libéraux, attendra bien la prochaine crise : Wall Street vient de verser plus de 135 milliards de dollars de bonus aux employés de ses vingt-cinq plus grandes firmes, soit davantage qu’en 2007, un an avant la crise.

L’hybridation entre pouvoir public et pouvoir privé est désormais fréquente. La privatisation de l’Etat prend sans cesse plus d’ampleur, que ce soit directement au travers du démantèlement constant du service public et de ses budgets sans cesse réduits – des enseignants aux juges en passant par les forces de l’ordre – ou de manière plus sournoise en développant la pratique de partenariat public-privé ou encore celle de la délégation de service public. Les cadres dirigeants, souvent issus des mêmes écoles – dont sciences-po puis l’ENA constituent la voie royale – ne font qu’accentuer la confusion préexistante en n’hésitant pas, après avoir effectué une carrière au sein d’un cabinet ministériel ou à la tête d’une entreprise publique, à se tourner vers le privé une fois la couleur politique du pouvoir modifiée. Messieurs Gallois, Pérol, Proglio et autres Woerth témoignent du conflit d’intérêt latent entre ces deux mondes aux intérêts théoriquement bien distincts. La récente affaire du Médiator révèle à elle seule la confusion des genres et la tentation des politiques à céder face aux douces sirènes des puissants lobbies pharmaceutiques. Lobbies qui, malgré leur interdiction, sont omniprésents dans les couloirs de l’Assemblée Nationale.

Les médias constituent, en tant que IVème pouvoir, le meilleur moyen dont dispose le peuple pour s’informer librement et connaître les positions politiques adoptées par ses représentants. Pourtant, là aussi une minorité économique contrôle les principaux vecteurs de l’information. Les groupes Bouygues, Lagardère Active, Dassault ou LVMH dont les dirigeants, quand ils ne sont pas « frère » ou témoin de mariage du Président de la République, nouent des liens assez forts avec celui-ci et concentrent la grande majorité des médias de masse en France. A l’opposé, l’information dite de « service public », sous contrôle de l’Etat, voit son indépendance mise à mal. Les récentes réformes concernant la nomination des dirigeants de France Télévision ou du groupe Radio France laissent à penser que leur devoir n’est autre que de servir ce même pouvoir. Pouvoir incarné par une poignée d’individus dont la volonté première de concourir au bien public semble s’être noyée entre sorties en yacht, soirées au Fouquet’s ou vacances et déplacements aux frais de la princesse -ou plutôt de princes peu recommandables.

Source : wordpress.com

Sans chercher à alimenter la théorie du complot, force est de constater que des réunions pseudo-secrètes, comme celle du Siècle qui rassemblent une fois par mois le gratin des sphères économico-politico-médiatiques, ne peuvent qu’accréditer la vision d’un pouvoir détenue par une minorité influente. Si le régime oligarchique ne s’est pas encore totalement substitué au démocratique, ce dernier, actuellement malade, nécessite une reconquête de la part de ses concitoyens dont la « chose publique » ne doit pas leur échapper. Ne plus subir la politique mais s’y investir : l’indignation, préalable et nécessaire, doit enfin laisser place à l’action. En effet, « l’oligarchie ça suffit, vive la démocratie ».

David Courbet – Controverses – février 2011

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