Questions de genre et de sexualité

Posted on 27 novembre 2011

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 Loin d’être libre voire spontanée, la sexualité de l’Homme se compose en réalité de contraintes mais aussi d’interdits qui ne sont que l’aboutissement d’un constructivisme socioculturel lié à la question des rôles des genres sexuels. L’homme a façonné des siècles durant la sexualité de la femme selon sa volonté. Le « sexe faible » n’a enfin réussi à rectifier ce tir que depuis une cinquantaine d’années en se détachant peu à peu de l’idée qu’il était autre chose que l’instrument de la jouissance masculine et qu’il pouvait également prétendre à jouir d’une sexualité libérée et autonome.  

 1/ Le genre féminin sous le joug de la domination sexuelle masculine

Les études médicales accréditent la thèse du danger d’une sexualité déviante, symbolisée par exemple au travers de l’onanisme. Dans ses travaux effectués sur la masturbation, le docteur Samuel Auguste Tissot atteste que ses méfaits sont manifestement plus graves chez la femme que chez l’homme, cette première courrait même le risque de devenir indécente et furieuse, jusqu’à devoir être internée.

La Révolution française marquera les débuts de la conscientisation féminine qui, un siècle plus tard, deviendra féministe et aboutira, après de longues luttes, à l’acceptation (ou presque) de la femme en tant qu’être sensuel doté d’une sexualité propre. Cela n’empêche point certains accrocs, rappelant à la femme la société patriarcale dans laquelle elle vit. En atteste l’exemple de la nymphomanie, considérée par les médecins du XIXème siècle comme une maladie organique, qui remémore cruellement la chasse aux sorcières moyenâgeuse. Qui se voit accusée de nymphomanie va au devant de sévères sanctions : enfermement pour folie, mise au ban de la société, clitoridectomie ou autres actes mutilants.

Sex

A l’opposé des thèses émises par le gynécologue anglais William Acton qui, au milieu du XIXème siècle, affirme que les femmes n’ont que peu d’appétit sexuel comparé aux hommes, Sigmund Freud répond que la femme est, tout comme l’homme, bel et bien une créature sensuelle et qu’elle aussi est également sujette à diverses excitations érotiques. Il élabore sa théorie des différents stades en y incluant la fille, bien qu’elle ne soit pour lui qu’un « garçon manqué ». A l’instar du garçon, elle va développer un complexe d’Œdipe, cette fois-ci à l’égard de son père et débuter ainsi son activité sexuelle. En sus, le psychanalyste défend l’idée conservatrice que la jouissance sexuelle véritable ne peut être que vaginale – et non clitoridienne – attestant par là que l’unique source de plaisir féminin ne peut provenir que par l’entremise d’un homme. Plusieurs auteurs, d’obédience plus féministe,  critiqueront ces positions parlant de « l’inconscient masculin à promulguer l’infériorité féminine ».

L’après-guerre apporte son lot de surprises dans une société encore assez austère. En effet, les deux études publiées par le professeur Alfred Kinsey sur le comportement sexuel de l’homme puis de la femme jettent un froid parmi les puritains et bousculent les idées reçues : ne sont plus considérés comme anomalies la masturbation, la bisexualité, l’adultère ou encore l’homosexualité, bien plus présents dans la société qu’on ne le pensa.

2/ Les batailles féministes fortement liées au débat sur la sexualité des femmes

La femme revient dès lors sur le devant de la scène et peut s’affranchir en partie du patriarcat sexuel qui lui est imposé. Les études de sexologie ont ouvert la voie à une écoute approfondie des désirs et malaises des femmes au sein, entre autres, de leur couple, ceci au travers d’une lecture des différents codes inhérents à la sensualité de chacun. A partir des années 1960, une nouvelle forme de féminisme, plus centrée sur des thématiques sexuelles, va se réapproprier ces questions au sujet de la sexualité féminine en y apportant de nouveaux aspects.

Le Deuxième Sexe, écrit en 1949 par Simone de Beauvoir, va servir de référence à la nouvelle vague féministe des années 1960, moins réformiste que la précédente. Les femmes cherchent alors à se défaire de l’image et du rôle insinués par le cadre institutionnel et sociétal dans lequel elles vivent et que décrit la romancière française. La sexualité féminine ne se conçoit à l’époque principalement qu’à travers son mariage auquel elle doit se consacrer entièrement, puis de ses enfants, limitant de ce fait sa liberté. Son émancipation ne passera donc que par l’abolition de ce cadre rigide lui imposant de substituer sa carrière professionnelle à celle de femme au foyer et mère avant toute chose. Les féministes cherchent aussi à combattre le terme de « sexualité féminine » pour lui préférer celui de « sexualité des femmes ». 

3/ L’identification (l’acceptation du genre) restreint la liberté : « On ne naît pas femme, on le devient » (citation de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe).

Les théories queers apparaissent au cours des années 1980 en s’intéressant plus particulièrement aux questions de sexe et de genre. Ses théoriciennes s’appliquent à déconstruire l’hétéronormativité imposée par la société patriarcale et s’opposent véhément à la théorie essentialiste selon laquelle sexe et genre sont clairement définis. Elles vont notamment prendre fait et cause en faveur des lesbiennes, gays, bisexuel(le)s et des transgenres (LGBT) dans une conception constructiviste. En effet, la théorie queer peut se targuer d’être l’une des premières à s’intéresser au phénomène du transgenrisme et son acceptation progressive dans les mentalités.

De nombreuses avancées ont été effectuées par les sciences au sujet de la sexualité féminine. Pour autant, aujourd’hui encore, les recherches concernant son penchant masculin attirent davantage l’intérêt des universitaires et chercheurs. En attestent les débats récurrents au sujet de l’existence ou non du « point G » et plus globalement du plaisir féminin.

Pour la pensée queer qui s’attache à défendre une sexualité sans essence, le plaisir est résolument polymorphe et s’oppose à la norme coercitive genrée de masculinité d’un côté face à une féminité de l’autre. Opposer Plaisir masculin au Plaisir féminin reviendrait à ignorer tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans ces modèles préfabriqués et imposés depuis si longtemps. La prochaine étape sera de reconnaître (enfin) ce Troisième sexe.

David CourbetT’as vu ma plume mai 2011 – Mémoire « Les Féministes pro-sexe et la pornographie »  

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