La Coupe du monde de foot souligne l’apartheid social

Posted on 27 novembre 2011

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L’Afrique du Sud : ses paysages de rêve, son métissage entre culture traditionnelle et moderne, sa réconciliation pacifique. Pourtant, malgré les immenses progrès effectués depuis dix-huit ans et la fin officielle du régime ségrégationniste, le 30 juin 1991, la nation arc-enciel souffre encore de nombreux maux, dont la pauvreté. Certains ont « la chance » d’habiter un bidonville, d’autres vivent dans la rue. Les sans-abri se comptent par dizaines de milliers dans tout le pays. Or cela fait tache pour qui veut organiser le plus grand événement sportif mondial. Pour ne pas choquer les touristes attendus en masse, les différentes municipalités hôtesses de la Coupe du monde comptent adopter diverses mesures pour « nettoyer » leurs rues.

 

Elles comptent déplacer les SDFà l’extérieur des villes, loin des lieux à forte fréquentation touristique. « Il y a beaucoup de préjugés accompagnant les enfants des rues car ils sont souvent associés au crime», relate Bill Rogers, directeur de l’ONG Addiction Action Campaign venant en aide aux plus fragilisés. Certains s’indignent de cette mesure qui ne peut que faire resurgir les vieux démons de l’apartheid, encore bien présents dans les mentalités. D’autres municipalités comme celle de Cape Town, par exemple, ont dès à présent opté pour une sorte de reclassement de ses enfants des rues, leur proposant de prendre part à des activités artistiques dans le but de divertir les touristes. La municipalité encourage également les touristes à ne pas donner d’argent aux sans-abri. À la place, elle compte mettre en place un système de bons d’achat qui permettrait aux visiteurs de leur offrir de la nourriture.

 

Malgré les critiques, Violet Modise, en charge du développement du projet sur Johannesburg, défend sa proposition : « Ces mesures, qu’elles soient sous la forme de bons d’achat ou de logements, destinées aux nécessiteux, ont pour but de restaurer la dignité des sans-abri.» Belle initiative de vouloir aider ces SDF en leur garantissant un toit. Il est juste étonnant qu’il soit possible de leur trouver à tous un abri en quelques mois, alors que le problème persiste depuis de nombreuses années. En adoptant de telles dispositions, l’Afrique du Sud pourra se targuer de jouer enfin dans la cour des grands. Les événements de grande ampleur servent toujours de vitrine : Vancouver, qui accueillait les jeux Olympiques d’hiver, avait déjà déplacé ses marginaux. Certainement pour ne pas « polluer la vue ».

 

David Courbet, vingt-deux ans, Johannesburg (Afrique du Sud) – L’Humanité – 20 mai 2010

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