SOCIETE – DStv et sa mesure CULottée

Posted on 20 novembre 2011

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Des associations religieuses ou en faveur des droits civiques aux célébrités des mondes sportif et médiatique, tous appellent au boycott de DStv, le réseau câblé sud-africain.  La raison ? Sa volonté de mettre prochainement à la disposition de ses abonnés une chaîne à caractère pornographique. Une polémique qui ravive les tensions entre pro- et anti-porno

Haro sur le porno

« Une chaîne pornographique ne fera que jeter de l’huile sur le feu et contribuera à augmenter le nombre d’abus sexuels, déjà impressionnant, dans le pays ». En tant que présidente du Christian Action Network, Taryn Hodgson prêche pour une télé saine qui ne soutient pas ceux « qui exploitent et dégradent la femme en l’assimilant à l’état de simple objet ». Cette déclaration survient après que MultiChoice, pourvoyeur du réseau câblé sud-africain DStv, ait annoncé sa volonté de répondre à la demande croissante de ses abonnés en faveur d’une chaîne proposant des contenus pour adultes. Beaucoup partagent la conception d’Hodgson et sont de l’avis que la pornographie viole les droits constitutionnels des femmes, comme la dignité et l’égalité.

« Le porno, c’est tabou, on en viendra tous à bout »

Parallèlement au discours religieux dont c’est le rôle, et pour s’opposer à cette perversion des mœurs, des célébrités du monde médiatique et sportif se sont unies derrière cette cause qu’ils estiment juste et nécessaire : protéger les enfants et surtout la famille qui doit rester l’un des piliers de la société. C’est ainsi que Victor Matfield, joueur de l’équipe nationale des Springboks, le musicien Mel Botes ou des acteurs tels que Shaleen Surtie-Richards, Mandi du Plooy ou Izak Davel prêtent leur voix pour un clip se prononçant pour l’interdiction du porno. Matfield renchérit avec cette assertion platonique : « en tant que père de deux enfants, je ne souhaite pas que mes enfants puissent être exposés à la pornographie ». Principe louable, malheureusement dépassé à l’heure d’internet…

Programmes X, la vérité est ailleurs

Car affirmer vouloir protéger ses enfants de la pornographie télévisuelle alors que de tels contenus sont plus qu’abondants sur Internet est quelque peu chimérique. Contrairement à ce qu’affirme Danie Langner, porte-parole de la croisade Nee vir Pornografie (« No to Pornography »), les différentes recherches effectuées sur ce sujet ont toutes conclues qu’il n’y avait pas de corrélation entre visionnage de films pornographiques et violences envers les femmes et/ou enfants (voir les rapports Williams 1979, des experts aux deux commissions fédérales US sur la pornographie en 1970 et 1985 ou encore Cumberbatch & Howitt sur Pornographie et violence de 1990). Et que dire alors des multiples films d’horreur, de guerre ou d’action qui affluent sur les écrans, montrant des corps déchiquetés et autres obscénités, dont les enfants sont très friands, et dont le visionnage n’est pas assez remis en cause ? Sans parler de la violence présente dans les nouveaux jeux-vidéos de plus en plus réalistes… Par ailleurs, mettre en avant l’argument de la femme objet est quelque peu hypocrite si on s’attarde sur les publicités qui pour la plupart offrent une vision étroite et sexiste de la femme. Il ne faut pas oublier non plus que les femmes représentent une part croissante du public de ces programmes dits « pour adultes ».

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« Tenue coquine, attention danger! » (photo D. Courbet)

 

Il est indéniable que des limites doivent être fixées au visionnage de films pornographiques qui peuvent donner une image déformée de la sexualité à nos chères têtes blondes. Nous ne devons pas pour autant ressortir les spectres conservateurs du délitement du lien familial.
L’idée selon laquelle visionner un film à caractère pornographique implique des intentions malsaines est largement dominante, encore aujourd’hui. Voilà ce que nous devons retenir de ce débat. Pourrons-nous dépasser ces préjugés? Car, en effet, faire de la pornographie un indicateur de vice risquerait de faire augmenter fortement, et à tort, le nombre de pervers dans votre entourage…

 

David Courbet – www.lepetitjournal.com/johannesbourg.html – mardi 6 avril 2010

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