RENCONTRE – Christophe Labesse, manager de Township Patterns

Posted on 20 novembre 2011

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Il y a un peu plus de deux ans, Township Patterns devenait mondialement célèbre pendant quelques jours grâce au sac Carla Bruni. L’entreprise sociale permettant aux femmes de Khayelitsha d’avoir un travail stable, dirigée par Christophe Labesse gagne a être connue. Entretien

Interview de Christophe Labesse Township Patterns

Lepetitjournal.com de Johannesbourg : Quelle est la mission de Township Patterns ?

Christophe Labesse : Township Patterns est une entreprise sociale née de la rencontre de mon épouse, Nicole-Marie IRESCH, avec des femmes de Khayelitsha en 1997. Elle a fondé une association « Afrique du Sud Bidonvilles »rebaptisée aujourd’hui « Township Non Profit ». Puis via Township Patterns créée en 1998 qui est la société marketing issue de Township Non Profit, l’idée a été de monter un business modèle innovant permettant de construire une structure durable et de développer des emplois pour les personnes dévalorisées.

LPJ : Quel est le mode de fonctionnement de l’entreprise ?


CL : Les ateliers se trouvent dans les townships qui assurent la partie production des sacs. Pour cela, les femmes sont organisées en coopératives autonomes. Nous passons des commandes à ces coopératives, sur les principes du commerce équitable, et nous leur assurons un salaire supérieur à ce qu’elles gagneraient si elles travaillaient dans l’industrie textile. La plupart sont des femmes : 66 femmes sur 68 membres . Elles ont ainsi un emploi durable et stable garanti proche de leur lieu d’habitation. Je suis en charge de la partie administrative et commerciale : gérer les contrats, recevoir les commandes et s’occuper de l’aspect financier avec mon équipe de 7 personnes. Nous recherchons entre 3 et 5 personnes dans la vente, le marketing pour compléter notre équipe.

LPJ : Vous travaillez donc de concert avec ces coopératives …
CL : Nous avons un planning très organisé et nous nous réunissons une fois par mois pour faire le point avec les différentes coopératives et fournir la grille d’objectifs pour le mois à venir. L’idée est de les faire rentrer dans un processus de développement et dans l’économie formelle. Ces coopératives ne travaillent pas exclusivement avec Township Patterns, il n’y a pas de contrat exclusif : ces femmes fabriquent aussi des survêtements et sont employées par d’autres organismes.

LPJ : Donc il n’existe pas à proprement parler de boutique ?
CL : Pour le moment, non, puisque nous vendons nos sacs aux clients demandeurs. Nous n’avons pas une gamme « fashion »encore très élaborée pour lancer nos propres boutiques, mais nous participons à des salons dans le monde entier, notamment au Salon Design Indaba en 2010, pour nous faire connaître et développer notre notoriété et notre visibilité.

(Le sac Pick’n’Pay, partenaire de Township Pattern , crédit photo : David Courbet)

LPJ : Et l’idée du sac ?
CL : Au départ, c’est mon épouse qui a eu l’idée de développer une gamme de sacs. Il y a aussi un côté pratique : la volonté de formation dans les bidonvilles pour former des femmes qui n’ont jamais travaillé dans un milieu professionnel limite les possibilités en termes de capacité technique et de temps. Le sac est un produit qui a l’avantage d’être très simple et très utile en même temps. Il se vend entre R25 et R125 pour un sac plus élaboré.

LPJ : Quels sont vos cibles et vos clients actuels ?
CL : Nous avons quelques clients importants comme Pick’n’Pay. Je démarche actuellement la grande distribution anglaise, française et américaine pour les intéresser à l’Afrique du Sud et pour s’engager dans un sac « éco friendly ». La pérennité de l’entreprise réside clairement dans sa capacité à exporter. Les Sud-Africains n’ont pas véritablement conscience de ce que peux avoir en termes d’impact un partenariat avec une entreprise sociale. Contrairement à l’Europe où la démarche plait, elle ne fait que commencer ici. Nous avons le soutien de la région et du ministère du développement social.

LPJ : L’Elysée est-il un grand importateur ?                                       

                                                                                                                                                                                                                 (Le sac « Carla Bruni », photo D. Courbet)

CL : (Rires) Non, plus de contact avec l’Elysée. Il est vrai que nous avons eu il y a un an un gros buzz lorsque Carla Bruni est venue dans un de nos townships à Khayelitsha. Cela nous a permis d’être connus dans le monde entier en 24h. C’est étonnant car c’était sa véritable première sortie officielle en tant que première dame de France. Mais le sac Carla Bruni a été une opération ponctuelle de levée de fonds pour l’association. Nous avons édité 400 sacs, presque tous ont été vendus, nous permettant de financer la création d’une coopérative.

LPJ : Et pour la Coupe du Monde, y-a-t-il quelque chose de prévu ?
CL : Un petit sac à vin va être offert à tous les invités de la FIFA pour le tirage au sort des groupes qui aura lieu en décembre, avec une bouteille de vin local. Mais nous n’avons pas de programme établi avec la FIFA car notre but premier reste de développer le maximum de partenariats et de satisfaire même les plus petits de nos clients, et pas seulement vivre grâce à un seul gros client.

Propos recueillis par Alexandre Capron et David Courbet – lepetitjournal.com/johannesbourg.html mercredi 25 novembre 2009

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