Petite histoire de township

Posted on 20 novembre 2011

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La rue principale de Kliptown, à Soweto. C’est dans ce township que, en juin 1955, l’ANC et des groupes anti-apartheid ont organisé le Congrès du Peuple (photo D. Courbet)

Partout où il y a du travail, se développent ces bidonvilles, nés sous l’apartheid, et que le gouvernement actuel peine à démanteler faute de solutions alternatives acceptables

Impossible de parler de l’Afrique du Sud sans évoquer les nombreux ‘‘townships’’ qui parsèment son paysage. Coupe du monde et public international obligent, dur pour le gouvernement de cacher ces lieux, symboles de l’échec de la Réconciliation.

A vrai dire, les townships ne jouissent pas de la meilleure des images : véritables lieux de misère et de violence, drogue, alcool et prostitution y sont affaires courantes. Pourtant, c’est bien là que l’on fait certainement les rencontres les plus enrichissantes du pays.

Une balade au milieu des taules

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les townships ne sont pas à l’origine des bidonvilles comme on se les imagine. Sous le régime de l’Apartheid n’existent que des ‘‘hôtels’’ dans lesquels sont entassées des dizaines de familles. Une chambre de 9 m2 peut alors accueillir jusqu’à 3 familles, soit environ une dizaine de personnes. Rien que ça. Des conditions d’insalubrité, d’hygiène et d’intimité pour le moins exécrables.

Pour remédier à ce problème, la solution trouvée par certains a été de vivre de manière indépendante, où bon leur semble. N’ayant pas les moyens nécessaires, ils construisent leur habitat de bric et de broc avec ce qu’ils trouvent. De là naissent les bidonvilles, ou « shacks » comme les habitants les appellent. Le gouvernement cherche à présent à détruire de plus en plus ces bidonvilles afin d’améliorer la qualité de vie de ses concitoyens. Les ‘‘hôtels’’ ont été rénovés et font office de ‘‘logements sociaux’’. Des chambres individuelles ont fait leur apparition où il est possible de dormir pour 2 euros la nuit. Les nouveaux bâtiments sont composés de petits appartements constitués de trois chambres, d’une cuisine équipée et de sanitaires. Le loyer pour le mois s’élève à 38 euros par personne.

Mais la concurrence est rude avec les ‘‘schacks’’ pour lesquels, bien que les conditions de vie soit pour le moins précaires, le loyer est inexistant. De plus, dans un tel abri peuvent vivre une à deux familles maximum et les habitants s’en contentent.

De l’apartheid racial à l’apartheid social

« Fini ton assiette et pense aux petits Africains qui n’ont pas de quoi manger !« . Qui n’a jamais entendu cette réprimande étant enfant servant à nous faire culpabiliser du fait que nous ne mangions pas ? Mais ceci ne s’applique pas à l’Afrique du Sud. « A manger ? Ce n’est pas cela qui nous manque, c’est du travail !« , ricane Bob, animateur social dans un des townships de Soweto.

Car la solidarité est ici présente plus que nulle part. « C’est cela l’esprit africain : ne pas laisser tomber son prochain car nous formons une « grande famille » » ajoute-t-il. Personne ne meurt de faim dans le township où l’on trouve toujours du pap, sorte de bouillie de maïs servant parfois d’unique repas de la journée. La solidarité est à l’oeuvre celui qui possède partage avec celui qui n’a rien. Qui en contrepartie lui rendra un service quelconque.

Ce qui frappe les esprits, ce sont les conditions de vie dans lesquelles subsistent ces personnes. Boue, absence d’eau courante, électricité manquante, déchets divers déposés à même le sol… Avec toutes les maladies qui en découlent. Et pourtant….

Pourtant, ces habitants ont la main sur le coeur et se réjouissent de la venue de visiteurs qui se font de plus en plus nombreux grâce à la coupe du monde. « Tu es étranger, n’est-ce pas ?« . Cette remarque vous heurte violement en pleine face et en dit long sur la situation du pays. Peu sont les « mulungus », entendez par là « blancs », sud-africains qui ont déjà pénétré un township… L’apartheid a bien été aboli en 1994, promettant l’égalité entre blancs et noirs. Sur le papier d’accord. Mais l’égalité politique n’a nullement été suivie de l’égalité sociale. Aujourd’hui, 49% des Noirs vivent sous le seuil de pauvreté, établi dans le pays à moins de 90 euros par mois.

Triste tableau qui ne doit pas pour autant être synonyme de désespoir. La volonté et l’espoir sont deux maîtres mots qui règnent dans les townships. Mais la patience a ses limites. Voilà 16 ans que le gouvernement leur promet de meilleures conditions de vie et la réduction des inégalités. Si la Coupe du Monde n’apporte aucun fruit aux populations les plus défavorisées, la grogne sociale risque d’éclater au grand jour et déboucher sur une réelle lutte… une lutte des classes.

Naissance du tourisme social

Le terme « township » réfère en Afrique du Sud à ces logements précaires parsemant le paysage et se situant la plupart du temps aux alentours de grandes cités, ou du moins là où se trouve la possibilité de trouver du travail. Aujourd’hui le pays en recense plusieurs centaines, au point de devenir l’une des attractions touristiques les plus à la mode. Après l’éco-tourisme, le tourisme social ?

A en croire les tour-operators qui organisent ces excursions – car il reste tout de même déconseillé de s’y rendre seul -, Soweto serait bientôt plus visité que Johannesbourg. Le ministère du tourisme encourage également le développement de cette industrie car il y voit une nouvelle source de revenu. Mais contrairement au ‘‘tourisme traditionnel’’ dont le but est de montrer les merveilles d’un pays en évitant les zones et sujets litigieux, ces tours de townships sont respectueuses des populations locales. Loin d’être considérés comme des bêtes de foire, les habitants ouvrent souvent leur maison sans intimité et sont heureux d’attirer l’intérêt de certaines personnes. Coupe du monde aidant, différentes associations militent dans le but de faire connaître ces townships afin de susciter un autre regard sur la pauvreté et pousser le gouvernement à agir face aux trop nombreuses inégalités sociales.

Page 2 – Petite histoire de township – 17.06.10

DAVID COURBET – La Marseillaise – jeudi 17 juin 2010


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