Mondial 2010 – Un but contre son camp ?

Posted on 20 novembre 2011

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Pour le contribuable sud-africain, aussi, la note risque d’être salée, avec 3 milliards d’euros dépensés en travaux divers, sans garanties au niveau des retombées (photo D. Courbet)

Au lieu de profiter de la Coupe du monde pour booster un secteur du tourisme déjà florissant, elle ne semble finalement utilisée que comme pourvoyeuse de « vaches à lait »

Dans « coupe du monde» il y a « monde ». Or, contrairement aux précédentes éditions, la 19e de ce nom et première africaine, semble déjà un échec en terme de public international. Les prix, trop chers, dissuadent de nombreux supporteurs à faire le voyage en Afrique du Sud. La faute à la crise ? Pas seulement car le pays hôte a vraiment pris les touristes pour des vaches à lait.

De 500 000 supporteurs prévus initialement, les dirigeants de la FIFA comptent désormais sur la présence de seulement 220 000 personnes qui feront le déplacement. La fête du ballon rond aura bien lieu, mais uniquement entre locaux ? C’est un risque car la FIFA vient de renvoyer sur le marché local des places n’ayant pas trouvées preneur en Europe. Des nations comme l’Angleterre ou l’Allemagne, réputées pour leur passion footballistique, déçoivent par le peu d’engouement de leur public à acheter des tickets. La faute à la crise et à la peur engendrée par le fort taux d’insécurité dans le pays de Mandela sont les arguments avancés pour justifier cet échec latent. Mais le pays hôte s’est aussi tiré une balle dans le pied… qui mettra sans doute du temps pour guérir ! 

 « Les tickets pour une coupe du monden’ont jamais été si peu cher ! « , se justifie Rich Mkhondo, porte-parole du Comité d’Organisation Local, face aux accusations des supporteurs refroidis par les prix exorbitants autour de la compétition. C’est en partie vrai, mais pour les locaux ! Une catégorie spéciale leur est allouée proposant les matchs du premier tour à 14 euros. Places non-accessibles aux supporteurs étrangers. Et c’est là que le bât blesse. Car les tickets proposés sont plus chers qu’en 2006 en Allemagne, de 55 à 630 euros pour un match, contre 35 à 600 eurosil y a 4 ans… 

 Le concept de pigeon-touriste

Mais la FIFA n’est pas la seule responsable. Au vu des prix affichés pour les mois de juin et juillet, normal qu’un fan y réfléchisse à deux fois avant de faire le déplacement. Les agences de voyage proposent des packages incluant les vols allerretour, trois matchs de poule, 14 nuits dans un hôtel standard, les transports entre les matchs, pour ‘‘seulement’’ 6000 euros ! Par personne bien-entendu. C’est ce que devra débourser en moyenne un supporteur anglais. Le Brésilien s’en tire avec 9000 euros, chanceux devant les 10 500 que devra débourser un Mexicain… 

 Ceci s’explique par les tarifs prohibitifs arborés par les acteurs du tourisme sud-africain, pensant faire fortune grâce à la compétition. Comptez ainsi au moins 200 euros par personne pour une nuit en hôtel 3 étoiles. Bon, reste les auberges de jeunesse, très répandues dans le pays. Là aussi les abus sont nombreux : à Cape Town, certaines proposent la nuit dans un dortoir à 10 pour 50 euros ! Sans oublier que le pays fait deux fois la superficie de la France et par conséquent les distances sont grandes : impossible de trouver un vol aller-retour entre le Cap et Johannesbourg à moins de 160 euros. Vous décidez de louer une voiture ? Les agences se frottent déjà les mains… 

Attention à la gueule de bois

Voyant le flop arriver, Match Hospitality, l’organisme de la FIFA en charge des logements pour les packages Coupe du Monde, commence à lâcher du lest. Depuis plus d’un an, de nombreuses chambres ne sont plus disponibles car bloquées par Match. Or en début d’année, prévoyant à la baisse le nombre de visiteurs, Match a libéré 500 000 chambres sur le marché. Sans aucune indemnisation pour les hébergements. 

Nombreux sont ceux qui ont entrepris des travaux de réaménagement, voire d’agrandissement, suite aux promesses du succès tant annoncé, quitte à s’endetter. « Match est très cruel, ils nous lâchent à la dernière minute. Je suis obligée de revendre mon établissement pour rembourser mon emprunt ! « , profère Lizz, propriétaire d’un B&B sur Johannesbourg qui a vu grand en construisant 5 chambres supplémentaires. 

Et l’Etat lui-même n’est pas en reste avec ses 3 milliards d’euros de dépenses en infrastructures et construction de stades. Les retombées économiques tant attendues sont revues à la baisse. Les économistes prédisent déjà un manque à gagner pour le pays d’un milliard d’euros. D’ailleurs, rien n’indique qu’un tel évènement ait au final un impact positif sur l’économie du pays. Sans compter que la vision court-termiste des gains immédiats lors de la compétition risque d’être plus néfaste au pays qu’autre chose : le touriste-pigeon gardera une mauvaise image du pays et n’y mettra sans doute plus les pieds. 

Une prise de conscience de ces dangers vient néanmoins d’avoir lieu. Suite aux désistements de Match entre autres, les prix des vols commencent à baisser, ceux des logements aussi. Trop tard ? Quoi qu’il en soit, cette première Coupe africaine ne nous laisse décidément pas au bout de nos surprises. Mais de là à voir les Bleus triompher, il ne faut pas rêver non plus !

Europe et Afrique dans le même pays

Le Mondial ne dure que quatre semaines, pourtant depuis des mois le pays s’est déjà adapté à l’arrivée massive de touristes étrangers. Qui, soit dit en passant, peinent à venir. La nation arc-en-ciel est à part dans le continent africain, mélangeant modernité européenne et tradition africaine. Première puissance économique du continent, elle représente à elle-seule un quart du PIB de l’Afrique ! La part du tourisme dans l’économie du pays ne fait que croître et a atteint en 2007 près de 3% du PIB national avec la venue de plus de 7,5 millions de touristes. Un chiffre qui augmente au fil des années, preuve que l’Afrique du Sud a chassé ses vieux démons de l’Apartheid et essaye de se redonner une image de nation accueillante et ouverte sur le monde. Paysages somptueux, parcs animaliers immenses et excitants, sans oublier les habitants et leur culture, très ouverts et d’une richesse incroyable. Les infrastructures sont très développées, bien que leur maintenance laisse parfois à désirer. Quant au coût de la vie, c’est là que le bât blesse : de par l’afflux touristique, les tarifs, bien que moins élevés qu’en France, restent parfois assez prohibitifs. Et tellement plus en période de coupe du monde…

Page 1 – Un but contre son camp – 14.06.10

DAVID COURBET – La Marseillaise – lundi 14 juin 2010

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