MONDIAL 2010 – Tickets pour la Coupe du Monde : démocratisation ou perversion du système ?

Posted on 20 novembre 2011

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Le stade de Green Point à Cape Town, exclusivement blanc? (photo D. Courbet)

Sport national pour tout le continent, les attentes liées à la Coupe du Monde de football sont énormes. Pour permettre aux Africains de prendre possession de leur compétition, la FIFA a même accepté, fait exceptionnel, d’attribuer des places réservées aux résidents du pays. Partant d’une bonne intention, le résultat risque pourtant d’être contre-productif 

Coupe du Monde africaine, pour les Africains 

Depuis 2000 et la candidature de l’Afrique du Sud pour l’organisation de la 19ème Coupe du Monde, puis en 2004 et son attribution définitive, le pays ne vit plus qu’au rythme du football. Plus qu’une seule nation, c’est un continent tout entier qui est fier et impatient de célébrer la venue du plus grand évènement sportif mondial. Continent en marge, il était pourtant question cette fois qu’il soit le premier bénéficiaire des retombées – économiques, politiques, culturelles – attendues. La FIFA et le Comité d’Organisation de la Coupe du Monde – africain – ont travaillé conjointement et tenté de faire de cette compétition une vitrine afin de montrer qu’outre l’aspect seulement sportif, l’Afrique est aussi à la hauteur. Capable de prendre des décisions, et enfin jouer un rôle sur la scène internationale. Première « Coupe africaine », le défi consiste à ce que sa population en prenne aussi possession. Cela se traduit par exemple sur le terrain, ou plus exactement dans les tribunes, avec des places réservées exclusivement aux résidents Sud-Africains.

Une démocratisation des billets

Seize ans après l’abolition du régime ségrégationniste, les différents sports sont encore marqués par leur aspect communautaire. Face au rugby ou au cricket, essentiellement « sport de Blancs », le football est le « sport noir » par excellence. Pour permettre à ses supporteurs inconditionnels de suivre leur équipe favorite, les Bafana Bafana, la FIFA a fait un geste remarquable. Donner la possibilité aux résidents de se rendre directement dans le stade pour vivre ce moment historique. Pour ce faire, les places ont été séparées en plusieurs catégories. Le grand public international a accès aux catégories 1 à 3, dont le prix des billets varie entre 1 220 rands (soit 115€) pour les mieux placés et 560 rands (environ 53€) pour un siège en virage lors d’un match de poule. Prix naturellement exorbitants pour un Sud-Africain noir dont le salaire moyen s’élève à 5 500 rands* par mois (moins de 515€).         

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Drogba, fer de lance de tout un continent enfin sous le feu des projecteurs (photo D. Courbet)

Pour pallier cette difficulté d’accès, la dernière catégorie leur est allouée. Prix du billet : à partir de 140 rands, soit tout juste 13€ ! Un résident a alors la possibilité d’acheter, dans la limite de quatre par ménage pour un total de sept matchs, des places à des prix défiant toute concurrence. Suivre toute la compétition, du match d’ouverture jusqu’à la finale, pour une famille de quatre coûterait 16 240 rands pour un résident, soit 1 530€. Somme dérisoire face aux 41 720 rands (3 935€) pour des places similaires réservées au public international (catégorie 3). Sans parler de la catégorie 1 et ses 90 440 rands, 8532 €… Tarif accessible direz-vous… mais uniquement pour certains !

 

La perversion du système ?

Comparé à un match local du championnat sud-africain, où la place ne dépasse pas les 30 rands (à peine plus de 2,5 € !), la Coupe du Monde représente une barrière pour beaucoup. Car même une place à 140 rands correspond à une somme énorme pour beaucoup d’africains ayant des revenus dérisoires. Mais la ferveur est telle qu’un ménage pauvre sud-af’ est prêt à se sacrifier et se serrer davantage la ceinture pour vivre de l’intérieur un tel évènement qui ne se reproduira pas de si tôt. « On n’a qu’une vie ! » N’est-ce pas ? Or l’intention recherchée par la FIFA risque de se voir dans la pratique détournée. La catégorie ‘‘résident en Afrique du Sud’’ ne prend pas en compte les inégalités sociales criantes dans le pays, le deuxième plus inégalitaire du monde. Inégalités encore souvent marquées par la couleur de peau. De ce seul fait, il est à redouter que la plupart des places de la catégorie 4 soient accaparées par des ménages aisés, voyant par là l’affaire du siècle. Pour résumer, bien que le football soit un sport de Noirs dans le pays, les stades seront majoritairement blancs…


Il aurait sans doute été plus efficace, et surtout plus juste, de faire une distinction parmi les résidents : instaurer l’attribution des places, et le tarif dégressif l’accompagnant, sur des critères sociaux. Pour que cette compétition soit réellement une fête, pour tout le monde, sans restriction. Eviter qu’elle ne soit, une fois de plus, réservée uniquement à ceux qui peuvent se le permettre. Mais cela aurait sans doute été trop demandé à la FIFA de se préoccuper de réflexions socio-économiques. Le sport comme vecteur social… beau challenge !


David Courbet – (www.lepetitjournal.com/johannesbourg.html) – mardi 18 mai 2010

 

* sources gouvernementales

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