ENVIRONNEMENT – L’abattage des éléphants nécessaire ?

Posted on 20 novembre 2011

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Jouissant d’un statut d’espèce protégée, l’éléphant est désormais roi en Afrique du Sud. Les mesures de protection se sont avérées tellement efficaces que l’éléphant est menacé… de prolifération ! Pour préserver son évolution et celle de son écosystème, différentes mesures sont proposées, allant jusqu’à l’abattage. Les associations écologiques sont divisées

Afin d’enrayer la diminution progressive des éléphants, des mesures visant à les protéger ont été mises en place à partir des années 1980 avec, par exemple, l’interdiction du commerce de l’ivoire en 1989 ou la lutte contre l’abattage. Les résultats diffèrent suivant le degré d’application des mesures, comme le Kenya qui lutte encore inlassablement contre le braconnage. L’Afrique du Sud fait en revanche office de bonne élève sur ce point. Mais ses résultats se retournent aujourd’hui contre elle.

Trop d’éléphants tue l’éléphant !
Les éléphants, libérés de toute menace, se sont mis à se reproduire en nombre. Le fameux parc Kruger et ses 2 millions d’hectares a vu leur population doubler en quelques années, atteignant aujourd’hui près de 15.000 spécimens. Or, la situation est telle que la surpopulation du pachyderme affecte tout l’écosystème. Plantes détruites, points d’eaux surexploités et pollués, arbres déracinés… mettent en danger les autres espèces animales mais aussi végétales du parc. Sans compter que l’éléphant lui-même devient à présent son premier prédateur : il contracte de nouvelles maladies qui se transmettent plus facilement du fait de la densité de la population, manque cruellement d’eau et de nourriture et vit dans un espace de plus en plus exigu. Depuis 2008, le gouvernement sud-africain a entrepris une large consultation avec les représentants de diverses organisations écologiques et de défense des animaux concernant les moyens d’action envisageables. Il tire désormais la sonnette d’alarme et compte agir au plus vite. Sans pour autant avoir trouvé un consensus …

Une régulation nécessaire de la prolifération
Plusieurs options sont mises en avant. La plus simple serait l’abattage pur et simple de certains spécimens, le tout strictement régulé et encadré. Des associations de défense des animaux montent au créneau contre cette mesure. « C’est le moyen le plus cruel et infructueux pour gérer une population d’éléphants« , profère Steve Smit, porte-parole de Animal Rights Africa. Une autre solution serait la contraception infligée à certaines femelles. Mais la mise en pratique s’avère délicate et les résultats parfois mitigés vu la masse du mammifère. Certains proposent le déplacement forcé de certaines populations. Mais là encore son pragmatisme s’oppose à des coûts élevés. Les moyens logistiques mis en œuvre sont énormes car il faut endormir les bêtes, puis les transporter en un moindre temps. Sans oublier que c’est bien souvent toute la famille éléphant qui doit immigrer en même temps ! En espérant aussi que le pachyderme ne finisse pas en bête de foire dans un cirque européen… Enfin la dernière issue – et qui semble être la plus respectueuse écologiquement parlant – consiste à ouvrir la clôture du parc Kruger limitrophe à la frontière du Mozambique. Ceci permettrait aux éléphants et aux autres espèces de disposer d’un espace vital suffisant. Mais ce sont les autorités du parc qui s’y opposent, pour des raisons purement mercantiles car cela représenterait toute une manne financière à partager avec leurs voisins mozambicains…

Plusieurs mesures sont envisagées par le gouvernement sud-africain (crédit photo : Alexandre Capron )

Une situation d’impasse ? Pas sûr vula volonté du gouvernement de prendre une décision rapidement. Le sous-directeur du ministère de la protection de la biodiversité, Fundisile Mketeni, a récemment affirmé que la seule solution serait l’abattage régulé des éléphants. Tout laisse à penser que l’on s’oriente vers une telle issue. Même WWF (World Wild Found), célèbre organisation de défense des animaux, reconnait que cette prolifération est préoccupante et devient une réelle menace pour l’habitat. Dr. Rob Little, directeur général de WWF Afrique du Sud indique que « bien que WWF ne considère pas l’abattage comme la meilleure solution, nous reconnaissons qu’il reste envisageable à condition que toutes les autres options soient examinées attentivement au préalable« .

« Le vieil éléphant sait où trouver de l’eau », ce vieux proverbe africain est-il dès lors toujours pertinent ? On se permet d’en douter…

David Courbet – (www.lepetitjournal.com/johannesbourg.html) – mercredi 28 juillet 2010

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