ECONOMIE – Eskom dans l’œil du cyclone

Posted on 20 novembre 2011

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Eskom, unique fournisseur d’électricité du pays, est en pleine tourmente. Après l’escalade des prix qui pourraient avoisiner les 45% chaque année, ce sont maintenant ses dirigeants qui sont remis en cause. Avec eux, c’est aussi le débat sur l’efficacité et le bien-fondé de la privatisation de l’entreprise qui est relancé

Eskom est dans la tourmente, voilà presque un pléonasme. Après les problèmes récurrents de coupures d’électricité et la hausse substantielle des tarifs, voilà que les instances dirigeantes de l’entreprise désormais privée, subissent à leur tour le contre-choc. L’atteste l’imbroglio de la démission récente de Jacob Maroga, à la tête d’Eskom depuis 2007. Ce dernier pensait avoir le soutien du gouvernement qui l’a lâché au dernier moment. Il crie dorénavant au scandale en affirmant qu’il a été poussé vers la sortie pour des raisons raciales. Profitant de la récession et d’une demande d’électricité plus faible, il avait ramené le fournisseur vers plus de stabilité. Mais les comptes sont dans le rouge. Plus de 9,7 milliards de pertes lors du dernier exercice et un besoin de financement de 80 milliards de rands. A cela s’ajoute une intensification des coûts de construction des nouvelles centrales. Comment en est-on arrivé là ?

Un long fleuve pas tranquille

Quelle belle période que l’apartheid pour Eskom ! A l’époque, grâce à son expansion des années 70 et 80, le fournisseur d’électricité était largement excédentaire, exportant ses services sur tout le continent africain. Le tout à des prix défiant toute concurrence puisque la main-d’œuvre était bon marché et permettait des gains records. L’année 1994 marque la fin de cette douce et heureuse période. Le gouvernement de Mandela change le mandat d’Eskom en lui donnant pour mission de fournir de l’électricité à tous les Sud-Africains, y compris les Noirs ! La demande explose. D’une entreprise bénéficiaire, elle devient déficitaire, accumulant de nombreux prêts auprès des municipalités et du gouvernement lui-même. Vers la fin du siècle dernier, les spécialistes prévoyaient déjà qu’entre 2005 et 2010 la demande serait supérieure à l’offre. Dès lors, le gouvernement décide de transformer l’entreprise publique en société semi-privée et ouvre son capital. L’Etat reste cependant l’actionnaire majoritaire. 2007 était vue comme la date butoir marquant la fin de l’électricité excédentaire. Cette même année, Eskom estimait que l’Afrique du Sud devait investir 100 milliards de rands pour les 25 ans à venir afin de pouvoir répondre à la demande croissante.

Une privatisation efficace ?

Aujourd’hui l’horizon des 25 ans s’est quelque peu obscurci. Le chiffre de mille milliards de rands est dorénavant avancé. Le dirigeant de l’époque affirmait qu’une hausse de ses tarifs d’à peine 1% au dessus de l’inflation était nécessaire pour que le fournisseur rentre dans ses frais. En réalité Eskom table sur 45% d’augmentation pour l’année à venir, dans la continuité des 30% de l’année passée. Mais les difficultés croissantes rencontrées par Eskom n’ont été mises en lumière que lors de la crise d’électricité à laquelle a fait face tout le Western Cape et l’Eastern Cape en 2005-2006. Les premières critiques de la privatisation de l’entreprise se font entendre et s’amplifient lorsque le public apprend les rémunérations touchées par les dirigeants, comprenant salaire et parachute doré, comme Thulani Gcabashe qui, durant ses 15 mois de fonction, a empoché 13 millions de rands. 

Nouvelles coupures

En janvier 2008 rebelote : le pays tout entier cette fois fait face à une extinction des feux après qu’Eskom force l’industrie minière à cesser ses opérations. A l’heure actuelle, il apparaît qu’il y a eu une pénurie de charbon approvisionnant les centrales, que la maintenance était faible et de mauvaise qualité et que les coûts ont augmenté de façon dramatique. A cela s’ajoute donc aujourd’hui l’instabilité de la gouvernance de la compagnie. Face à tous ces problèmes et pour tenter de sortir de cette situation de crise, le gouvernement va-t-il de nouveau s’impliquer davantage dans la gestion de l’ex-entreprise publique ou va-t-il décider qu’Eskom est seul maître à bord ? Des questions restent ainsi en suspens à l’aube de la Coupe du Monde et du bon fonctionnement du réseau électrique pendant la compétition. Y aurait-il de l’eau dans le gaz ?

 

David Courbet – (www.lepetitjournal.com/johannesbourg.html) – lundi 7 décembre 2009

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