AFRIQUE DU SUD/1990–2010 : Mandela, grand parmi les Grands

Posted on 20 novembre 2011

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Le 11 février 1990, et ce après 27 années de détention, Nelson Mandela est libéré de prison. Elevé au rang d’icône, « Madiba » reste une, si ce n’est la, référence sur la scène politique aussi bien nationale qu’internationale. Retiré de la vie publique depuis 2004, et malgré ses 91 ans, son influence est toujours incontestable

Statue de Madiba au Nelson Mandela Square (photo D. Courbet)

« Celui par qui les problèmes arrivent »

Dès son plus jeune âge, le jeune Mandela est promis à un avenir tumultueux. Son père le nomme ‘‘Rolihlahla’’, ce qui signifie en Xhosa « celui par qui les problèmes arrivent » ou « fauteur de troubles ». Après des études de droit, il ouvre en 1952 le premier cabinet d’avocats noirs. Parallèlement, il s’engage aux côtés d’Oliver Tambo et Walter Sisulu au sein de l’African National Congress, parti d’opposition au régime ségrégationniste de l’Apartheid. Ils fondent la Ligue de Jeunesse de l’ANC, aile armée de l’ANC, prônant la lutte contre la domination de la minorité blanche et la ségrégation raciale imposée par celle-ci depuis 1948, si besoin par le biais de la violence. 

Après avoir été arrêté plusieurs fois pour trahison puis acquitté, il est condamné à la prison à vie en 1964 suite au procès de Rivonia pour « sabotage et complot contre l’Etat ». Au barreau il déclare : « toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. […] J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités […] c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir« . 
De sa prison, Mandela inspire ses camarades. Les sanctions internationales sont de plus en plus sévères et étranglent petit à petit le régime qui s’effrite face à des luttes internes incessantes.

De Klerk l’opportuniste ?

En 1989, F.W. de Klerk, plus modéré que son prédécesseur PW Botha, pourfendeur du nationalisme afrikaner et anti-communiste viscéral, est élu président de la ‘‘République’’. Cinq mois après son accession au pouvoir, lors de son discours du 2 février 1990, il annonce la libération sans condition du fameux militant incarcéré. Ovation au niveau international. De Klerk, pour la lucidité et le courage de sa décision ainsi que Mandela pour sa lutte inconditionnelle contre le régime d’oppression, reçoivent conjointement le Prix Nobel de la Paix en 1993. Mais il ne faut pas éluder qu’au début des années 90 l’air devient de plus en plus irrespirable pour les pourfendeurs de l’apartheid. Les tensions sont telles que des massacres éclatent ci et là dans tout le pays. Sans oublier l’effondrement du bloc soviétique qui écarte le spectre d’un Etat satellite de Moscou ou encore l’économie qui s’effondre sous le poids des sanctions internationales. Sentant le vent tourner, de Klerk, en fin tacticien, aurait décidé de précipiter la chute du régime qui, de toute manière, était inéluctable.  
Dès lors, la voie est grande ouverte à « Madiba » qui jouit d’une aura sans précédent, pour prendre les rênes du pays.

 »Madiba » élevé au rang d’icône: « Non je n’en suis pas une » assure-t-il 

« Vaincre la pauvreté n’est pas un geste de charité. C’est un acte de justice »

Elu avec une large majorité lors du suffrage présidentiel de mai 1994, Mandela compose le premier gouvernement non-racial du pays, d’unité nationale. Cet « Ubuntu » est le credo de sa politique : un partage qui construit mutuellement les êtres. Sa préoccupation est de bâtir la Nation arc-en-ciel « en paix avec elle-même et avec le monde« . Pardonner mais sans oublier (« Forgive but don’t forget »). Cela se traduit par la mise en place de la ‘‘Commission de la vérité et de la réconciliation’’. Les anciens bourreaux sont jugés puis acquittés, mais à la seule condition de se repentir. Mandela gagne peu à peu l’affection des Blancs qui s’étonnent que cet homme n’ait pas plus d’amertume à l’égard de ceux qui l’ont pourtant fait souffrir, lui et tous les siens pendant des décennies. Un exemple frappant est le soutien apporté par le Président à l’équipe de rugby qui, en 1995, remporte la Coupe du Monde à domicile. « Sport blanc de prédilection », il enfile un maillot des Springboks lors de la finale, montrant par là toute sa volonté d’unifier un pays trop longtemps déchiré.             


Il ne veut pas accaparer le pouvoir et n’effectue qu’un seul mandat présidentiel. Il se retire alors de la vie politique. Néanmoins, malgré son âge avancé, il reste un personnage influent. Médiateur du conflit du Burundi, et acteur de premier plan au sein d’associations caritatives, il œuvre à lutter contre l’un des fléaux auquel l’Afrique fait face, et notamment l’Afrique du Sud : l’épidémie du SIDA. En 2005, il annonce avoir perdu son dernier fils, décédé des suites de sa séropositivité. Ce combat est aujourd’hui l’une des priorités du grand Nelson.

« La lutte est ma vie. Je continuerai à me battre pour la Liberté jusqu’à la fin de mes jours ». Et nous savons tous qu’il ne baisse jamais les bras…

L’ex homme d’Etat va fêter ses 92 ans (photo CNN)

David Courbet – (www.lepetitjournal.com/johannesbourg.html) – Jeudi 11 février 2010

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