AFRIQUE DU SUD – Deuxième pays le plus inégalitaire du monde !

Posted on 20 novembre 2011

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Une récente étude montre que depuis 10 ans les inégalités en Afrique du Sud se sont accrues. Bien que l’apartheid ait été aboli, les différences sociales persistent et demeurent très fortes entre « Blancs »et « non-Blancs »mais surtout entre personnes de même couleur

Il y a des records dont on se passerait volontiers. Si ce n’est pas la médaille d’or, l’Afrique du Sud se place en deuxième position des pays les plus inégalitaires du monde ! Le « coefficient de Gini« * permet de mesurer le degré d’inégalité de la répartition des revenus au sein d’une société donnée. L’échelle se situe entre 0 et 1. Plus les revenus sont répartis de façon égalitaire, plus le résultat est proche de zéro;à l’inverse, le résultat se rapproche de 1 quand les revenus sont répartis de façon inégalitaire (l’extrême 1 signifiant qu’une seule personne s’accapare tout le revenu). Il existe ainsi des comparatifs internationaux, et l’Afrique du Sud est avant-dernière de la classe. Déjà en 2005, elle se classait 2ème avec un indice de 0,65 (voir le site de la CIA), juste derrière la Namibie. A noter que les Etats-Unis se classent 44ème (sur 134 pays référencés), juste devant le Cameroun ou l’Iran, un comble… La France avec sa 98ème place pourrait faire largement mieux.

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L’apartheid politique est aboli, laissant place à un « apartheid social »entre Blancs et Noirs mais aussi de plus en plus entre individus de « même couleur »(photo D. Courbet)

Un nouvel apartheid ?

Depuis 1998, le coefficient de Gini est passé de 0,64 à 0,66 pour l’Afrique du Sud. C’est ce qui ressort de la dernière étude menée par l’Institut d’Afrique du Sud des Relations Raciales (South African Institut of Race Relations, SAIRR). Pire encore, elle dresse un bien triste état des lieux : en 10 ans les inégalités se sont accrues entre toutes les catégories « raciales », sauf les Blancs qui, à l’inverse de la tendance globale voient leurs inégalités régresser de 8%. Pour tous les autres, le fossé entre les plus riches et les plus pauvres n’a eu de cesse de se creuser. La fin de l’apartheid aura permis à des populations naguère exploitées, réduites au statut de main d’œuvre servile, de profiter aussi de l’expansion économique. Cela se traduit par des salaires plus élevés pour une poignée de personnes. Et ce au détriment d’une large majorité qui vit le plus souvent dans des conditions misérables, comme en témoignent les nombreux townships parsemant le pays.

Un défi à relever

Tout le pays est touché. C’est le KwaZulu Natal, à égalité avec le Mpumalanga, qui remporte la triste mise avec un coefficient de Gini de 0,67. Le Western Cape s’en sort le moins mal avec 0,61. En comparaison avec la plupart des pays occidentaux, dont les chiffres oscillent entre 0,20 et 0,40, la Nation arc-en-ciel a donc du pain sur la planche. Kevin Lebone (SAIRR), l’un des chercheurs à l’origine de ces statistiques affirme qu’ »un pays aux fortes inégalités est inévitablement instable et devient indésirable pour ses citoyens tout comme pour les investisseurs étrangers ». Mais les inégalités au sein des « groupes raciaux« sont aussi un problème selon lui. Il est de l’avis que « ces fortes inégalités sociales entre les Noirs en général, et entre les Africains en particulier, sont un motif d’inquiétude et pourraient être la conséquence inattendue de la politique de discrimination positive à l’égard des Noirs ». Malgré tous ces problèmes, il ne faut néanmoins pas oublier que L’Afrique du Sud est une nation jeune, qui n’a en définitive que 15 ans. Beaucoup de défis restent à relever car l’apartheid a fait des dégâts dont la réparation nécessitera des années de labeur. La priorité du gouvernement est donc de miser sur l’éducation et la santé comme il le fait actuellement avec plus ou moins de réussite. Si la croissance économique que connait l’Afrique du Sud aura profité à beaucoup de personnes, de nombreux progrès sont encore à réaliser… au risque de faire face à un nouvel apartheid, social cette fois-ci.

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Carte schématique du coefficient de Gini à travers le monde

<0.25 0.25 – 0.29

0.30 – 0.34 0.35 – 0.39 0.40 – 0.44 0.45 – 0.49 0.50 – 0.54 0.55 – 0.59

>0.60 N.A.



David Courbet – (www.lepetitjournal.com/johannesbourg.htlm) – lundi 14 décembre 2009

NDLR: * Ce coefficient vient de Corrado Gini, un statisticien, sociologue et démographe italien du début du XXème siècle

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